Mois : décembre 2023
VERS TEMENOS : LES SERIES DIVINES DE GREGORY MARKOPOULOS
(Chapitre accompagné d’images)
« La traversée du centre du Péloponnèse en bus. Un événement cinématographique m’attend ici, rare comme les Jeux olympiques, ayant lieu tous les quatre ans : la projection des films de Gregory Markopoulos à Lyssarea en Arcadie.
J’arrive dans un village « perdu au milieu de nulle part » à quelques kilomètres du site sacré où a lieu l’événement. D’autres personnes sont là. Des cinéastes, écrivains, critiques d’art, musiciens, architectes et tant d’autres venus du monde entier pour voir ces films. Nous attendons attablés au café jusqu’à minuit, la chaleur indescriptible se dépose sur nos visages. Il doit faire bien plus de 35 degrés. Plus ?
Je voyage en Grèce depuis 2009. La Grèce, comme l’Inde, me soigne, me sauve, me chérit. A chaque problème, elle me trouve un remède. Dès que je pose le pied sur son sol, mon cœur se réchauffe, comme ici par ce soleil qui surgit de la brume du lac sacré de Pushkar au Rajasthan. Le lac sacré, les montagnes sacrées, les lieux sacrés, les rites sacrés.
C’est certainement en songeant aux sites de l’ancienne Grèce, sites votifs, oraculeux, curatifs, mystérieux, amoureux, tel que Delphes, Epidaure, Kos, Pergame, Mycènes, Hydra et tant d’autres, que Gregory Markopoulos avait envisagé son film ? Le film en communion avec l’esprit du lieu, la nature, l’univers même ? Les prescriptions lumineuses apparaissent dans ce site naturel apaisant où je viens d’arriver par curiosité. Quel genre d’expérience ce sera ? Que va-t-il arriver ?
Le film.
Je suis animée par les faisceaux de lumière blanche venant rompre mon silence méditatif d’ensommeillement. Les projections de lumière et les images fragmentées, sélectionnées, arrangées d’après les chiffres correspondant aux mots. Un grand poème, une fresque infinie et un concerto pour une prescription conçue par un étrange médecin, médecin des sens par l’image. De quelle nature est-il ? Hypnotique, rhétorique, musical ? Malgré son sens clairement défini par le filmmaker, c’est à moi, le spectateur-participant, d’en trouver la formule. De ressentir la matière filmique et de la transformer en remède.
Cette transportation par des pulsations lumineuses, je l’ai depuis vécue ailleurs, au Sri Lanka, en méditant avec Saggatharansi, un moine bouddhiste, au bord d’une magnifique chute d’eau, venant se jeter en contrebas d’une grotte. Mes yeux se sont soudainement mis à clignoter et tout mon corps s’est trouvé comme poussé par des vibrations provenant de la grotte, ou plutôt, véritablement d’ailleurs. Je prenais conscience de la force terrible qui m’englobait, cherchant soit à me réduire en poussière, soit à me transporter sur une autre planète. De peur d’être broyée, j’ai ouvert les yeux. Saggatharansi n’était plus là. Onn, le maître assistant de la session de méditation vipassana à laquelle je venais de prendre part, méditait tel un Little Bouddha, de l’autre côté de la rivière. Un flot de sympathie et de soulagement m’a traversé en le voyant. Mon esprit me disait que je devais prendre soin de lui. Il sera un jour mon salut. Mais, qu’ai-je appris de lui ? Et moi, que lui ai-je appris ? Onn, bien que très jeune, avait d’ores et déjà quelque chose d’un grand sage. J’aurais pu être plus heureuse, plus gentille avec lui, mais sa présence m’était petit à petit devenue insupportable. Elle me renvoyait vers une sorte de vide causé par la forme de la relation que je désirais. Un vide, que Onn ne pouvait pas remplir.
Ce vide qui m’empêche de vivre littéralement et qui m’accompagne où que j’aille. Et je suis en train de m’effondrer émotionnellement en le disant, je me jette alors sur le livre « From Darkness to Light » qui se déploie devant moi et le livre, ouvert au hasard, me réponds :
« Keep observing your breathing. You will feel your breathing becoming shorter or longer, observe it. You will observe your inhale shorter and exhale longer. Keep observing it. If it is difficult to continue, take a deep breath and start again. Then you can refresh your meditation. Do not try to concentrate the mind on your breathing. Keep on observing breathing in and breathing out. Then your mind will become steady. »[i]
Une descente d’une trentaine de minutes dans une vallée vierge d’habitations humaines, la route de gravier au bout de laquelle se trouvent un écran et un projecteur 16mm. Cette expérience inouïe me réoriente vers un champ de construction cinématographique toute légère, en plein air. Une construction réfléchie dans les moindres détails, mais dont le constructeur a retiré les échafaudages. Je le découvre lui, Robert Beavers, l’héritier du bagage markopoulosien, le magicien discret du lieu. Il est là, comme effacé. Presque absent. Bien loin d’un organisateur omniprésent. Il est quelque part là, sans être là. Pourtant là. Avec un chapeau sur la tête qui le protège du soleil. Dans cet espace dont il a dû enlever quelques herbes afin d’y poser plus d’une centaine de coussins roses mous, sur lesquels il nous était possible de nous avachir confortablement et suivre les quelque quatre, cinq heures de séries de films. Les séances ne commençaient donc pas avant neuf, dix heures du soir. Il fallait attendre que s’installe le noir profond d’une nuit sans lune. Même ça, Robert a dû le calculer ! Et sans doute une conjoncture propice à toute une configuration d’étoiles.
Sur le principe des films flickers, la lumière vibrante, aux rythmes et durées variables, blanche et noire, se déversait sur l’écran. On pouvait quelquefois identifier une forme, un fragment de corps, d’une statue ancienne, les ornements d’un temple, des oliviers ; images en couleur, de fragments de fresques préservées de-ci de-là dans des musées et sites archéologiques, venant témoigner de la Grèce antique et de ses fastes, comme ces palais minoens jadis florissants, rappelant d’autres formes de vie, mais qui ne se donnaient désormais à voir qu’à travers cette manière fragmentaire. Des plans des cités, des amas de pierres et des objets déterrés, des inscriptions dont la signification échappe souvent aux historiens.
Les films lumineux, tantôt copulants et extatiques, tantôt graves et contemplatifs, comme le suggéraient ces traces de vies passées sous l’apparence de micros fragments d’images en couleur, incrustés, telles des pierres précieuses dans une parure de laine blanche, brodée à la main par une paysanne, et que l’œil du regardeur tentait de saisir à travers les rythmiques contrapunctiques, blanches et noires. Il cherchait à en deviner la règle. A quel moment l’image colorée allait-elle faire son apparition ? Que pourrions-nous apercevoir à travers elle ?
Les journées commençaient sur la place du petit village où il n’y avait rien d’autre à faire que de s’installer, bavarder, faire connaissance, boire et manger ou bien s’isoler et faire une sieste. Comme ce fut jadis l’usage à Épidaure, les « malades » échangeaient entre eux leurs « cartes de visite ». D’où viens-tu ? Que fais-tu ? Que sais-tu de ce qui va se passer ?
Des conditions adéquates à la bonne réception du film ont été créées. Un visiteur agité, en contact direct avec le monde extérieur, serait sans doute inapte à vivre ce genre d’expérience.
Il fallait ainsi passer par des phases préparatoires : l’épuration de soi, l’oubli du monde extérieur civilisé, chacun délaissant ainsi pour ces trois jours et nuits ses préoccupations et soucis personnels.
Sur le lit, le programme de projection en grec et en anglais intitulé « Temenos 2016 » avec le dessin d’un grillon en couverture, l’insecte symbolique du lieu. Le programme composé de deux énormes pages d’un papier épais, replié en quatre. Le sous-titre « Silent thoughts cast in the air » et « Recognition. How does one recognize one filmmaker from another filmmaker »[ii] Le titre indiquant que la série allait traiter de ces deux questions majeures.
Dans la préface, Beavers rappelait que l’autre filmmaker était, pour Gregory, représenté par des figures mythiques diverses : Éros, Orphée et Eurydice, des soldats mycéniens, Héraclès… mais que le cinéaste ne donnait pas de réponse définitive sur la manière de rencontrer cet autre. Et de son expérience de vie auprès de Markopoulos, il constatait qu’un faiseur de films ne peut jamais comprendre ce qu’un autre est en train de faire en filmant, en montant…
Les parties 9-11 d’Eniaios (Les séries divines) à laquelle nous allions assister était un life-long dialogue avec la Grèce qui allait se rendre visible à travers des portraits choisis (Lilika Nakou, Yannis Tsarouchis, Pandelis Prevalajis, Nina Kandinsky, Catherine Gide…), juxtaposés avec les images des sites archéologiques : d’Epidaure, Mycènes et Delphes, d’extraits de films : The Illiac Passion, Himself as Herself. Le découpage formant un langage bien spécifique à Markopoulos : les fragments ont été rassemblés d’après les chiffres d’un calendrier, « Les jours d’Héraclès », inventé par le cinéaste. Le cryptogramme qui se base sur l’alphabet grec arrivait sur l’écran tel un code Morse, les pulsations transmettant des mots et des chiffres cachés. La raison de cette configuration silencieuse consistait, au-delà du message, à donner de l’importance à l’émotion. Et non pas, comme ce fut par exemple le cas chez Duchamp, à l’épurer. L’émotion libérée des « caprices des mots » pouvait-on lire dans le Film as film[iii].
Le film était composé de courtes phrasesressemblant à des prescriptions énigmatiques. Le film « Pyra Heracles », qui devait initialement être dédié au dieu grec, s’est transformé ensuite en l’ensemble de séries uniques, intitulées Eniaiois, Les séries divines. Dans le programme introductif à Temenos 2016, Robert Beavers avait repris les notes de Markopoulos sur Héraclès :
« Here Heracles returns from Olympia and bestows the
healing in space
Here, Heracles, returns from Olympia and bestows the first olive tree Here, Heracles, returns from Olympia and bestows the healing in space what is there
what is not there that is there
to heal the void of abode
to dismiss thought
to heal the void from
thought dismissed to thinking
Here, Heracles, himself, offers love, lover, and Beloved in/with certainty Futu w w a, in a world of sovereign visual space Feyyos
Let the eye fix the star
Feyyos
Let the ear find the unheard interval
Let the eye find the unseen interval
Feyyos
There is no need for the world state
There is no need for world citizen
Fils de Zeus et d’Alcmène, Héraclès est repris à sa mère par Hermès qui le place auprès de Héra, la femme légitime de Zeus. C’est ainsi d’après une prophétie à sa gloire qu’il est né, Zeus décide d’avoir un fils capable de venir en aide tant aux dieux qu’aux hommes. Afin de devenir dieu il doit néanmoins boire le lait du sein de la déesse et non du sein d’une femme mortelle. Mais Héra, en colère contre l’infidélité de son mari, n’aime pas cet enfant. La légende dit qu’elle lui retire son sein en déversant les trainées de lait dans le ciel, La voie lactée est ainsi créée. Et avec elle, naît le destin agité d’Héraclès. Héra n’arrêtera pas de chercher à lui nuire tout au long de sa vie et le mettra au panthéon des dieux seulement après sa mort.
Héraclès accomplit de nombreux combats, voyages et aventures qui font de lui le dieu à la force indestructible, brute. Un jour frappé par Lyssa (la Folie), il jette ses enfants au feu. Pour se purifier de son acte, Héraclès tente de se suicider, mais sauvé par Thésée, il va consulter l’oracle de Delphes, qui lui indique qu’il doit se mettre au service d’Eurysthée, son ennemi, selon les souhaits d’Héra.
C’est Eurysthée qui lui ordonne ses douze travaux ! L’accomplissement desquels n’arrête tout de même pas l’impétueux personnage de continuer ses voyages guerriers.
Héraclès serait l’instanciation du bien et du mal dans son état brut. Il semblerait pourtant qu’il soit à plusieurs moments de sa vie épris de sentiments. On lui attribue des amours tant envers les hommes, qu’envers les femmes. Iolos, le conducteur de son char est l’un de ses amants le plus dévoué. Il voyage à la recherche de son amant disparu Abdère, le fils d’Hermès, il tombe amoureux d’Admète… bref, il est bien bisexuel. Il est devenu d’ailleurs le symbole de la bisexualité et de manière plus générale des LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres).
Héraclès descendant d’Olympia. Il crée, au terme de ses aventures, les Jeux olympiques. La période de paix consacrée aux jeux sportifs et aux joutes littéraires et surtout au rétablissement des hommes fatigués par les guerres.
Nous visitons le site archéologique d’Olympia, tout près de Temenos, consacré à Zeus. Est-ce le site même créé par Héraclès ?
Héraclès, toute une allégorie céleste. Quelques-uns des douze travaux d’Hercule/Héraclès correspondent à des signes du zodiaque, à l’émergence des configurations de planètes et des étoiles. La constellation du lion, la constellation du cancer, du sagittaire…
Je suis assise sur la plage de Matala en Crète, l’ancien port de Phaistos, avec ses grottes dorées et sa plage jadis hippisée, le site où Zeus transformé en taureau blanc avait séduit Europe, mais le site est sans aucun doute dédié aussi à Héra, car j’ai une véritable vision. Je comprends. La Voie lactée est en ce mois de novembre si visible, si près de la terre. C’est peut-être la configuration de l’île qui permet de la voir comme une route poussiéreuse blanchâtre tombant véritablement dans la mer. C’est la première fois que je la vois à la verticale. Quel éblouissement !
Le poème de Markopoulos indique l’importance des intervalles, de ce qui se trouve entre les images, de leur durée, des sons qui surgissent dans le noir. Ces propriétés rythmiques universelles n’ayant besoin ni d’états, ni de citoyens ; les qualités perceptives sont communes à tous. Le silence et la paix. Nous assistons donc bel et bien à une guérison dont le lieu revêt un caractère primordial.
Guérir la forme vide
Guérir emptiness
La composition des chapitres 9-11 serait donc d’après Beavers guidée par la force d’Héraclès et la légèreté lumineuse de la sauterelle. Beavers n’a-t-il pas, lui-même, une allure
« sauterellesque » ?
Quelques mois, un, deux ans après, j’ai eu l’occasion de revoir ce cinéaste à Paris et de découvrir son film, « From the notebook of… »[iv]. Quel film magnifique. Si jamais on peut filmer le travail intellectuel de conception d’une idée filmique et de sa réalisation, c’est bel et bien le cas ici. Le film de Beavers montre le film sur le film. Et il le fait de manière poétique, légère, sans « caprices de mots » pour reprendre la formule de Markopoulos. Son caractère astucieux, plein de surprises visuelles et sonores, donne envie de regarder ce film encore et encore. Les surprises dans les prises de vues, tantôt capturant l’environnement, tantôt illustrant des réflexions à propos de l’essence du film, du travail de sa conception, les images montrant le cinéaste pris dedans, les images de la prise de notes et leur affichage permettant de les regarder un peu comme on lit un livre en tournant les pages ; Les ouvertures et les fermetures des volets de fenêtre, les filtres colorés abstractisant le réel et marquant les transitions. Les moments de pause ou de distraction provoqués par le beloved et l’invitation à l’activité érotique derrière la porte. La vie des pigeons sur les toits et la vie des gens dans la rue. Le travail de cadrage. Les notes sur la perspective comme illustrées par les plans. Bref, toute une réflexivité finement accomplie, dont les effets sonores participent au plaisir du voir et du revoir, donnant l’illusion d’y être.
Une chambre sous les toits de Florence. Les pigeons se posant sur le parapet, le bruit des ailes de pigeon amplifié, épuré. Un homme assis à son bureau calligraphie un cahier, on ne voit que ses mains et ce cahier, les filtres découpent les scènes au fur et à mesure que les pages du livre se tournent.
Le cinéaste à la table de montage. Même procédé de filtres, bruissement d’ailes de pigeons.
Le titre se réfère à l’Introduction à la méthode de Leonard de Vinci de Paul Valéry[v]. A qui cet hommage est-il adressé ? A l’approche géométrique de Leonardo da Vinci ou aux digressions littéraires de Paul Valéry ?
Le cadrage des scènes, l’image du corps masculin nu de profil, les remarques sur la vision, les ombres et la couleur, renvoient aux études à la Leonardo da Vinci. Comme celle des mains de cinéaste au travail. Mais c’est peut-être dans l’aspect imparfait dont il capte la perspective des rues, des toits filmés depuis la fenêtre et l’architecture des maisons qu’il se rapproche le plus de Leonard. Un homme saisi dans son travail intellectuel créatif : l’écriture d’un livre et le montage d’un film. Gros plan sur les pages tournées d’un livre. On peut lire des fragments de notes. Des remarques sur le film, sa matière, sur la couleur, sur le son.
« How was the strength found to gather the images?
From within a solitude of being, enduring/accepting the moment when a single color is the only sign of feeling in an environment of which all else is opposition. »[vi]
L’image de la rue. Cadrages presque mécaniques d’une caméra sur pied qui tente de « cartographier » l’architecture des maisons, des scènes de rue tout au contraire filmées dans un mouvement chaotique.
Pushkar 2019 où je me suis décidée de clore la série cinématographique de ce livre. Le jeune brahmane Sandy, le propriétaire d’un restaurant lonely planetisé où, d’après lui, on peut tout trouver et où tout est possible, devait méditer ce matin pour moi. Il est lui aussi adepte de vipassana sessions et lorsque je suis rentrée dans son café, il fut, me disait-il, attiré par mon aura de bonnes énergies. Pour lui aussi, comme pour le masseur d’Ayurveda d’hier, mon chakra de cœur n’était pas bien synchronisé avec mes pensées.
En Inde tout est fluctuant. Jouer au « make believe » sans se laisser déborder. Sandy disait que pour accomplir mon projet, il me fallait une énergie bien spéciale. Il allait demander à Shiva ce que je devais faire. Le temps est brumeux aujourd’hui. Je suis allée voir le temple de Brahma, le seul et unique temple de Brahma au monde d’ailleurs. Tout cela à cause d’une femme jalouse ! En effet, sa femme Savitri n’est pas venue à temps pour la cérémonie du feu auprès de Brahma…. Il a donc épousé une autre femme, Gayatri, pour le faire….
Et donc ? Quel était le résultat de cette méditation ? Sandy a posé la fleur de lotus sur la tête de Shiva et lui a raconté mon projet. Il a demandé si Shiva a bien entendu sa requête et…
comme en réponse, la fleur de lotus est tombée. Pour Sandy, il n’y a pas de doute, Shiva a bel et bien tout entendu. Il allait guider la fin de mon livre. Et puis, entrant dans le café Enigma à la recherche d’une bière, je tombe sur le livre « The tantra experience. Talks of the royal song of Saraha d’Osho ». Ouvert au hasard, le livre me dévoileune bribe de réponse à la question de Markopoulos/Beavers : Comment reconnaît-on un autre filmmaker ? Je lis :
« On Shiva’s path you no longer love the form, you no longer love the person; you start loving the whole existence. The whole existence becomes your Thou, you are addressed to the whole existence. (…) You also disappear, but you disappear not like two zeros; you disappear as the beloved disappears into the lover and the lover disappears into the beloved.
Up to this point they are different, but that too is a formal difference. Beyond this, what does it matter whether you disappear like a lover and a beloved, or you disappear like two zeros? The basic point, the fundamental point is that you disappear, that nothing is left.
That disappearance is enlightenment. »[vii]
Peu importe à vrai dire que l’on soit du côté du lover ou du beloved, de celui qui filme ou de celui qui regarde le film. Puisque tout n’est que disparition progressive. Si tant est que ce ne soit pas, tout simplement, dès le départ, une illusion. Maya.
La nuit où l’esprit est plongé dans le néant d’un flottement nuageux, se manifeste cette pulsation énergétique de la poussière dorée venant transporter les présents sur un flot de lumière alternée vers un ailleurs qu’ils ne voient pas. Ou du moins pas encore.
Et cette pulsation m’attire vers une autre somma esthétique, dont la composition cristalline frôle la perfection et dont l’effet ressenti serait plutôt celui de l’ultime étape de la méditation, l’état de l’illumination. C’est en tout cas pour moi la seule véritable expérience filmique, pouvant s’approcher d’ « Enlightenment », tel du moins que je me l’imagine. « Arnulf Rainer » de Peter Kubelka[viii].
Un très grand étonnement après l’avoir vu projeté dans l’endroit le moins approprié au monde, une salle de cours de la Sorbonne. Cristallin, un diamond, oui, comme l’a bien décrit Jonas Mekas après l’avoir vu à Knokke-le-Zoute, lieu du premier festival de films expérimentaux, surpris, comme je le suis maintenant moi-même, par la beauté de cette expérience filmique. Toute la lumière de la Grèce est contenue dans ce film ! s’exclamait Jonas :
« When I saw Peter Kubelka’s film “Arnulf Rainer” for the first time, had such an experience. It was at the Third International Experimental Film Exposition in Knokke-le-Zoute, in December 1963. The screen suddenly lit up with energy; everything came to life, and I was elated. It was an incredible celebration of cinema; a hymn to light. Helios. The Greek civilization that produced us hed its culmination in “Arnul Rainer”, in light . »[ix]
Oui, toute la lumière de la Grèce y est contenue, pensai-je. La lumière pure projetée à l’écran. Alternance entre le blanc et son absence, entre le son et le silence. D’après un calcul métrique parfaitement maîtrisé. Je n’aurais jamais pensé qu’un film abstrait pourrait susciter autant d’émotion. Et c’est encore de la lumière et de ces pulsations dont il s’agit. Mais peut-être bien projetée selon l’ordre de la musique universelle, comme l’appelait Pitagoras de Samos.
Que faire après avoir créé Ça ?
J’ai rencontré brièvement Peter Kubelka lors de la rétrospective de ses films trop rarement projetés, à Beaubourg en 2017 à l’occasion d’une conférence sur l’art abstrait ; conférence débutant et se terminant devant la Fontaine de Duchamp[x]. Un hommage à l’artiste, à la radicalité du geste créatif, libérant l’art du XXème siècle de son carcan pictural ? Une provocation ? Pas d’émotion, des objets tout faits et des mots. L’art est une construction, il débute non pas par l’art figuratif, mais par l’abstraction. Le détachement du réel. Sa simplification. L’art est une construction intentionnelle de longue date et Peter le montre en s’appuyant sur l’art des pierres taillées par les hommes préhistoriques, vieilles de centaines de milliers d’années. On examine ensuite des peintures, des sculptures et des films abstraits de la collection du musée, en suivant Peter Kubelka, trainant avec lui un caddie rempli des ustensiles indispensables à son exposé.
La tarte Tatin que la cuisinière avait préparée avec tant de soin marque la fin de la conférence. Nous retournons à la Fontaine de Duchamp. Comme pour se rappeler tout de même que tout se rapporte au corps. A ses entrées et à ses sorties. A ce qui le nourrit, le soigne, lui permet de survire aux intempéries. La pensée même naît des sensations. N’est-il pas dit que juste
avant de mourir, Bouddha aurait mangé et bu des choses interdites et s’en serait réjoui ?
Ce que je découvre cette nuit-là, dans ces conditions particulières, dépasse néanmoins de loin toute expérience filmique que je connaisse. Temenos est le lieu de cette fusion avec la nature, sa nuit, ses étoiles, ses bruits d’insectes et une communauté bien particulière de spectateurs qui me permettent de vivre cet événement cinématographique unique. Car il ne s’agissait pas d’une projection de films, au sens habituel du terme, mais bel et bien d’un rituel, d’un hommage et d’une découverte collective d’un projet filmique de toute une vie se déroulant dans un lieu secret, non encore importuné par la civilisation envahissante de toutes parts. N’était-ce pas le désir même de Markopoulos de vouloir garder ce lieu confidentiel ? Je découvre ainsi une pratique filmique entièrement dédiée à une forme d’esthétique de vie s’accomplissant en filmant. A la recherche d’une perception juste, aidée par l’activité filmique, d’une vision du monde en intégrant cette dimension esthétique en son cœur et une réflexion, quelquefois intuitive, sur les ingrédients quasi-alchimiques de sa composition. Comment le film transforme-t-il cette matière vivante en art ?
Gregory Markopoulos n’est plus là. Son corps fait désormais partie de ces amas poussiéreux d’étoiles ou peut-être bien s’est-il déjà réincarné en un être vivant, une sauterelle ou un olivier. En héritage, entre 70 ou 100 heures de films non développés, de nombreuses images simples, silencieuses, sur une pellicule de 16 millimètres. Plus des ¾ de cette somme totale ont déjà été diffusés dans des projections ayant lieu tous les quatre ans à Temenos. La dernière projection aura donc probablement lieu en 2020. Juillet 2016 : y sont projetées trois séries découpées en six fragments de films de Gregory Markopoulos. Nous les découvrons. Personne n’a encore vu ces films, car il avait fallu quatre années pour les restaurer.[xi]
Des portraits d’amis artistes, de nombreuses femmes, des écrits en série, des poèmes et autres créations qui ont influencé la forme filmique D’Eianios, formes brèves, beat poésie visuelle à la légèreté de « La Sérénade » d’un Mozart, les références aux peintures dont le thème central est la beauté du corps masculin. De brèves séquences filmiques, des photogrammes s’apparentant à des unités musicales, organisés en quelques scènes continues, découpées en petites unités projetées de manière répétée ; les partitions indiquant que le mouvement des photogrammes black-white-black qui entrecoupait les images devait rester long. La beauté des corps nus, les prises photographiques des visages et des vestiges archéologiques, se présentant comme une évocation onirique, une invitation à appréhender la vie en toute sérénité.
Il s’ensuit une grande fresque, le symbole de toute une vie et un projet qui a atteint l’immortalité sans être vu par son créateur. Il est impossible d’en saisir le tout. Le film va au-delà d’une simple session de projection. Il invite à vivre une expérience. Initié par Markopoulos, il se propage aux autres faiseurs de films, spectateurs, scripteurs, musiciens, poètes, architectes… Il ne s’agit donc pas uniquement de voir une série de films, mais plutôt d’abord de vivre à travers eux la présence dans ce site-là, en ce moment précis, dans cet univers réel, de quelque chose de très spécial. Le temps présent s’étend à un collectif de regardeurs venus du monde entier pour partager cette forme étrange de retraite.
Le Péloponnèse, un site à part du monde civilisationnel qui sépare l’homme de l’homme, qui éloigne l’homme de la nature, mais dont les statues broyées des athlètes et des dieux, les châteaux forts en ruine, et les vestiges de grandes civilisations réduites en miettes, témoignent de la cruauté des guerres et des catastrophes naturelles qui ont pu s’y dérouler. Que fais-je ici ? Comment me suis-je retrouvée là ?
Tout a commencé avec le projet de Sophie Calle, puis les films de Jean-Marie Straub. Puis avec la rencontre de Oleg, puis de Pip et de Jonas m’incitant à voyager et à rencontrer ces quelques cinéastes, musiciens, artistes, faiseurs du feu vital de la création. Mon séjour new-yorkais et la rencontre de toute une faune de filmeurs et d’artistes hybrides. C’est à New York donc que j’ai pu rencontrer pour la première fois Robert Beavers lors de la projection du film-portraits « Galaxie » de Markopoulos au Moma. Les portraits qui saisissaient quelque chose de « l’âme » de la personne, de ses gestes et expressions, le corps comme mis en situation dans des décors proches de ceux des peintures flamandes. Quelquefois des portraits dignes d’un Raphaël. Paul Adams Sitney assis à côté de moi émettait de petites exclamations en voyant ces portraits « oh un tel, oh un autre »… Des personnalités artistiques ayant acquis une certaine notoriété. Mais pour moi, l’histoire ne faisait que commencer. Je ne reconnaissais personne.
Gregory Markopoulos, me dis-je alors, a cette idée bien classique du film, c’est un « faiseur de films » et pas du tout un filmeur. La réalité l’intéresse en tant qu’abstraction arrangée. Le film est une mise en scène du regard, une rencontre entre ce qui est à voir et la caméra. Et tout est méticuleusement observé, pensé, avant d’être capturé. Et quelquefois le hasard survient, et il est pris comme un signe. Filmer consiste en une fine observation de ce qu’il y a et la recherche de l’effet que l’image produira sur le spectateur, les conditions esthétiques étant réunies en un lieu dont il s’agissait de découvrir et de capturer les composantes. L’autre, le regardeur, étant inclus pour ainsi dire dans cette manière de concevoir le cadre d’un portait, chaque scène constituant une incitation à voir. A voir ce que voit le cinéaste, pour le voir tel quel. Et Markopoulos décrit bien précisément sa démarche quasi ethnographique lorsqu’il s’apprête à filmer une fresque byzantine à l’église de St. John the Baptist sur l’île d’Hydra, par exemple. Il prête attention au moindre détail filmé : rien de ce qui est à voir dans ce lieu ne lui échappe. Ni sa couleur, ni sa structure, ni le jeu de lumière changeant dans la journée ni les ombres qu’elle dépose sur les objets et espaces présents. Par son souci de filmer « ça », il en est rendu sensiblement conscient. Il photographie successivement plan par plan, comparant sa démarche à celle d’un sculpteur. Le plan large de la fresque, une vieille femme rentrant dans l’église passant devant la fresque et donc devant la caméra, une lumière sur le sol, une araignée ayant tant émerveillé le filmmaker. On peut lire dans le chapitre « Adventures with Bliss in Roma» :
« I had heard of the church during my prolonged visit on the island, but it was not until the end of July or thereabouts that I actually visited the small church. Immediately I was taken by the sumptuous color of the frescos, Byzantine in nature, which far surpassed what was visible in the area of Sparta; that is Mistra » (…) From the very inception of idea to photograph the frescos I had decided to limit myself to only two rolls of film. The first day I set myself the limit of one roll of film or one hundred feet. I began my work by deciding what the first composition should be; and I decided upon a wide-angle composition taken with a 10mm wide angle lens of the side entrance of the church as seen from inside. The door was slightly ajar, and the sole light was, of course, the sun itself. It should be realized that the whole series of superimpositions which followed were based on this first composition: the door ajar, the room itself, and only the door itself, and the lock. How many layers there were on this first roll of film I cannot recall, though, perhaps, anywhere from one to ten.
The first composition was begun with the full force of the idea of a beginning, just as if a writer was preparing the first paragraph of a short novel. The second composition which followed upon the first became a bit more complex. By the third composition, it may have been the shot of the hanging lock, the film-image layer became more agitated in effect. From thereon in I worked feverishly and without pause photographing the various successive layers. It was as if I were working with a chisel on marble, cutting away, cutting away (filming layer on layer) until I knew I must stop. Whether it was from sheer exhaustion or from an innate knowledge that the roll was completed, I dare not know. Perhaps, exhaustion for the filmmaker equates to an uncanny sense of when to stop.
As I worked one symbol struck me concerning the whole of the church and that was the disrepair of its interior. This was followed by the discovery of a spider in a small window area. I photographed the unmoving creature; I thought of Greek priest, of the Greek Orthodox Church in which I had been raised; of the good and the evil. In a sense I was in anger when I photographed the spider, and I suppose that if there is any meaning in images used symbolically, the moment was then. The filmmaker’s anger charged toward a particular image and hopefully producing the results of an art and contributing to the very whole and form of the film work at hand. A subsequent challenge was a single vertical source of light between two shutters. »[xii]
L’exhaustion (épuisement). Un mot juste pour désigner ce que veut dire arrêter de filmer pour un tel cinéaste. C’est peut-être bel et bien le cas. Lorsqu’il n’en peut plus, lorsqu’il a épuisé tous les angles possiblement filmables, la décision de s’arrêter survient. D’elle-même. Une belle description du flux de la pensée filmique en train de se faire et des éléments émergeant du contexte qui attirent l’attention de celui qui essaie de le comprendre. Les qualités esthétiques du lieu, de la situation et des autres présents : insectes, objets, personnes, lesquels arrivent vers le cinéaste en lui « parlant » de son passé, comme cette araignée qu’il associe à l’expression de sa colère ; sans savoir pourquoi cette colère a surgi ni pourquoi elle s’est concentrée sur cette petite bête.
Mais voici que le cinéaste décide de rendre tout ce travail documentaire abstrait. D’accomplir le geste de la transformation créative où cet ensemble de « réels » recueillis devait se fondre dans un ordre tout autre. N’est-ce pas un geste d’ultime détachement et de dissolution de l’ego ? Ou encore une manière de mettre fin à ses souffrances par un acte sacrificiel, à la manière de celui d’Héraclès qui prépare son propre bûcher ?
Une première perception donc, un souvenir imprécis, poétisé, exagéré. Deux ans après une première fouille au fin fond de ma mémoire dont le résultat s’est soldé tout d’abord par un :
je ne me souviens de rien, m’étais-je fait hypnotiser ? ». Puis, si, je me souviens de ça, de cette projection rythmée là et de ce ciel étoilé et de François assis à côté de moi, en me sortant de temps en temps de ma torpeur afin tout de même de ne pas rater les scènes les plus importantes du film. Me souviens encore des coussins rouges sur lesquels le corps pouvait s’avachir, de l’odeur de l’herbe dans la nuit, des chants de cigales, du vin âpre, et de tous ces autres gens tout autour qui rendaient l’expérience intime impossible, mais néanmoins si intense.
Le chemin lent du retour, animé par les discussions. Le bus pour nous ramener au village. Et cette abeille qui a piqué le chauffeur, parti aux urgences. Un incident dans le bus. N’est-ce pas un signe nous renvoyant encore aux mésaventures que Markopoulos et Beavers ont rencontrées sur le site ?[xiii]
La chaleur, la nuit blanche à cause du ronflement de la fille grecque. Elle ou moi, je ne sais plus, quelqu’un en tout cas a changé de chambre. Je m’en rends de plus en plus compte. Je suis profondément sauvage, les groupes ne me conviennent pas. Pourtant quelques amitiés se sont nouées. Nous avons examiné nos perceptions, dit nos sensations.
De quoi ai-je rêvé ce premier jour ? Et le jour suivant ? Je ne trouve plus mes notes issues de cette expérience. Que s’est-il passé ? Je me vois écrire pourtant…Pourquoi mes disques durs restent-ils muets ? Mon vécu de spectatrice à Temenos me fait désormais penser à mon expérience méditative srilankaise. Elle s’y incorpore grâce à toutes sortes d’ingrédients. Dix jours de silence et d’observation des sensations de mon corps. Respiration par le nez, les fourmillements dans le corps. Les flottements de plaisir, les inquiétudes qui traversent le corps laissé pour compte, s’exposant à son propre intérieur de peines, à ses négativités émotives et mentales, à ses attentes impatientes, à ses crises de nerfs silencieuses allant jusqu’à secouer les jambes croisées dans la position du lotus trop longtemps conservée. Et le vide qui prend forme en s’observant, sans tout à fait vouloir comprendre ce que veut dire réellement observer le bout de son nez et être présent, ce que veut dire l’impermanence et l’inutilité de la souffrance.
Et je somnole à nouveau en détachant le regard de l’écran clignotant, j’inspecte celui du firmament, au-dessus de ma tête, la Voie lactée, la petite et la Grande Ourse, l’amas de poussières et quelques planètes brillantes dont je ne connais pas les noms. J’entends les cyk cyk collectifs des grillons logés dans la nature, leurs sons rivalisent avec les pulsations de lumière, rythmés d’après un ordre secret, avec la précision d’un laser s’incrustant quelquefois avec violence dans la toile de l’écran. Le noir. Puis, un visage, un sexe, un fragment de statue, de décors d’une fresque, des hommes sous un olivier. Puis à nouveau le noir. Et de nouveau les pulsations de blanc.
Gregory Markopoulos dit avoir mesuré tout cela très précisément. Les chiffres correspondent aux lettres. À des notes de musique ? Il a une volonté de soigner. Se prend pour un médecin, à la manière d’un Apollon et Asclépios, il est le messager des dieux grecs, cherchant à transformer l’état du spectateur malade en Amor[xiv] et lui propose de se retrouver dans un lieu unique, lui permettant d’entendre l’instruction qu’il devra suivre et dont l’accomplissement l’amènera vers la guérison.
L’écran est le centre de ce phrasé caché, délivré par la voie des sensations visuelles, les images apparaissant à la manière d’un rêve, quelquefois nettement, d’autres fois tout au contraire de manière floue.
On vient donc à Temenos pour se ressourcer, pour se renforcer, se régénérer, nouer des amitiés avec ses semblables, tous différents. Pour retrouver la nature. Car les séries divines de Markopoulos, plus qu’aucune autre, font l’éloge du cinéma de la nature ; le film constituant un lien entre la terre, les humains et l’univers et offrant à travers une partition musicale de la projection lumineuse un concert de sauterelles et autres phénomènes sonores, il offrait une expérience à la John Cage, dans un espace arrangé où la technique, les hommes et la nature pouvaient coexister en harmonie. Trois nuits de projections, trois nuits entre soi, sur le lieu familial que Gregory Markopoulos avait choisi pour construire son Epidaurum cinématographique, y mener sa cure et enseigner ses procédés guérisseurs aux autres. Mais aussi un lieu de sacrifice, le témoignage d’une vie entièrement consacrée au film. Les travaux de Markopoulos. La vie comme film. Le film comme vie. Car le cinéaste se prend bel et bien pour un médecin ; il délivre ses prescriptions sous la forme d’images. Les images suggestives issues de sa propre vie, transformées en abstraction rythmique. Il dit vouloir transporter le spectateur créatif touché par ses images vers une existence plus élevée, au-delà de la banalité du monde visible. Il envoie, tel Apollon Maléatas, ses vibrations murmurantes vers le spectateur créatif, lesquelles, de film en film, se rassemblent et révèlent l’être même de ce spectateur. Elles rendent visibles ses tendances, ses structures… De portrait en portrait, de conception abstraite en conception abstraite, les vibrations d’images deviennent comme des graines de vie merveilleuses, graines qui fusionnent avec l’héritage de vies précédentes, par un bombardement d’images lumineuses et de sensations. Le spectateur est comme frappé par la poudre des fresques et des fragments des objets des sociétés archaïques, arrachés par les images aux cieux, transformés en reliques sacrées[xv].
Le spectateur doit être créatif, il doit donc accomplir ce voyage au cours de l’expérience filmique avec la même détermination que celle du filmmaker qui a réalisé le film. Dans le chaos apparent des images abstraites, il doit relier, rassembler en une totalité, donner un sens à la communion avec une essence divine. Peu importe que ce rassemblement lui arrive sous la forme d’un flash, à travers une perception immédiate ou via un empoudrement progressif. Les images répétitives de motifs visuels, forment à travers les contrastes entre les couleurs et les mouvements noirs et blancs une unité évidente, une architecture, parsemée des symboles discrets que le cinéaste a découverts en cours de tournage, différenciés grâce à son mode de montage alternant entre les portraits, les fragments d’anciens films et les paysages des sites.
Les vibrations créées devaient se rapprocher de l’effet de sensation du toucher produit par le film. Comme si les faisceaux de lumière devaient pénétrer le spectateur par les yeux, l’érotiser à distance par un jet lumineux. Sur un mode subliminal, entouré de bruits et d’odeurs : le film devient à la fois une maladie et sa propre thérapie, décoction et contre-poison qui fournit un éveil sensoriel tant au cinéaste qu’au spectateur qui y participe, par sa présence physique et par son ressenti intérieur. C’est par l’éveil de toute cette géographie subliminale mouvementée que le film devient le locus solus de la régénération à la vie plutôt qu’une simple purification des images négatives ou des maladies physiques que les visiteurs portent en eux. L’ordonnance, comme dans les anciens temples, visant à prendre soin de leur corps et de leur esprit, passait pour certains par la lecture, pour d’autres par l’activité filmique, l’écriture, le bain dans la rivière, la visite d’un site archéologique, un échange fructueux, l’amour ou la nourriture, faisant intégralement partie de ces rituels. Le filmmaker soucieux tant par sa composition que par l’emplacement de son cinéma dans la nature, dans ce lieu « saint »-ci visant à influer sur le bien-être du spectateur.
L’expérience cinématographique s’offrait ainsi généreusement à ceux qui savaient s’y rendre présents : savaient regarder et écouter, échanger, boire et manger, nager dans la rivière tels les anciens pèlerins d’Épidaure.
On comprend alors parfaitement pourquoi le cinéaste clame la nécessité de spaciousness pour ses séries de films et que le premier titre proposé du film a été « Eternity, The Celestial Eye ». En effet, il est impossible d’enfermer ce genre d’images dans une salle de cinéma. Le film ne peut toucher le spectateur que dans ces conditions uniques, un lieu adéquatement aménagé pour sa réception. Pour entendre le message divin, il faut s’y préparer d’une certaine manière. Celui qui a pu fréquenter les sanctuaires dédiés à la prière et à la méditation comprend aisément cette idée, aujourd’hui disparue des pratiques médicales occidentales[xvi].
La cure de la Grèce antique était une cure à la fois du corps et de l’esprit, holiste. Elle se faisait en rupture avec les activités de la vie quotidienne. Et cette rupture ne pouvait pas se réaliser sans l’aide des organisateurs ou associés discrets « initiés ». Ceux qui faisaient le service et ceux qui assistaient les visiteurs en leur permettant de vivre l’expérience méditative sans être perturbés. L’amitié, que Platon plaçait à un rang plus élevé que l’amour dans son dialogue Lysis, jouait ici également un rôle important. « Les prescriptions » reçues par tout un chacun étaient commentées, décrites, imagées. « Le malade » racontait ce qui lui arrivait à son voisin, puis au voisin suivant. Ceux-ci l’aidant ainsi à interpréter le message, l’encourageant à accomplir la prescription pouvant paraître impossible à réaliser.
Assise là une troisième nuit, je m’aperçois que les films produisent en moi des réactions inattendues. Quelquefois la lenteur me paraissait insupportable, me laissant avec moi-même dans le creux du silence de la nature, exposée à mon impatience. La forme minimaliste, répétitive, mais néanmoins non régulière de la composition créait les conditions pour une attention accrue, l’œil rentrant dans un jeu de chasse à l’image colorée, fragment d’une scène, visage, paysage reconnaissable. Cette figure reconnaissable disparaissait et on guettait, frustré, de nouveau, son apparition.
Étrangement, à travers ces projections de lumière clignotantes et silencieuses, un sens sonore et une chorégraphie s’en dégageaient. Des pulsations silencieuses de lumière sont-elles véritablement silencieuses ? Le silence n’est-il pas, comme l’a bien suggéré le compositeur John Cage, une pure abstraction ? Et, admettons que nous soyons dans une pièce totalement isolée, nos pensées ne sont-elles pas en effet, quelquefois omniprésentes, pire, criardes ? Quand est-ce que le calme que nous apparentons au silence surgit en nous ? Dans quelles conditions ? Quels sont ces rares moments véritablement propices au détachement ? A la détente ? A un laisser-aller du corps libéré des tensions ? N’est-ce pas cet état que nous appelons le silence ?
Et si, en poursuivant cette idée plausiblement vraie, mais qui va à l’encontre de notre conception occidentale, « rationalisant » cet esprit et ces sensations, que nous avons catégorisées, dualisées, séparées, et si c’était ce tout énergétique flottant et continu, apparaissant et disparaissant, qui faisait exister « les entités closes », nommées par le langage, découpées dans le flux continu de la vie, et non pas notre culture scientifique, de plus en plus étroite, réduite au service de la guerre, c’est-à-dire érigée par des idées de plus en plus coupées du reste de notre existence, de notre condition humaine ?
Un cinéma médical et radical préparé, si ce n’est mijoté, par le couple Markopoulos/Beavers pendant des années et délivré dans ce site familial là. Là où est né le père de Markopoulos, là où Markopoulos est venu réaliser son œuvre finale et mourir. Temenos. Comme tout site sacré, il est consacré aux rites, aux sacrifices, à la communion avec les dieux, aux offrandes, et aux trois jours de cure par des phrases de lumière dont on ne doit pas chercher à saisir le sens dans une démarche rationnelle, car c’est aux sens que le film s’adresse.
A Pushkar en ce moment, le temps est plutôt clément, la vie paraît indéfiniment plus tranquille qu’en France, plongée dans un climat de violence difficilement évitable, dont je me suis, une fois de plus, enfuie. Ce froid permanent et cette fermeture aux possibles frôlent l’étouffement. Rien de comparable, ici, avec cette ambiance sordide. Je me sens apaisée. Ni les toilettes à l’extérieur, ni la fraîcheur de la nuit, ni même les difficultés de la route, ne m’empêchent d’être heureuse. Comment est-ce possible ? J’ai pris la route des temples. J’écris en changeant de perspective. Comme ici, au Bharatpur palace, depuis la chambre numéro 1, dont les quatre portes s’ouvrent sur le lac, une chambre qui semble s’y verser littéralement et m’offre une vue splendide sur les pèlerins en train de prendre leur bain rituel purificateur. La vie tout entière semble être là. Les pigeons sur les toits métalliques, les bandes de singes sautant comme des antilopes de branche d’arbre en toit de maison et les oiseaux qui viennent sans crainte aucune le soir au bord du lac. Des aigrettes, des paons, des oiseaux blancs et gris dont les noms m’échappent, et les chiens qui se donnent rendez-vous sur les ghâts la nuit. L’Inde et ses couleurs. Le Rajasthan, ses temples jains, ses mosquées dentelées en marbre, ses châteaux et ses palais. Pushkar et son lac sacré, ses dieux hindous du bien et du mal et mon lit au milieu de tout ça. Et j’aimerais que ça reste ainsi pour toujours. Que la brutalité de l’Occident matérialiste à outrance s’en éloigne.
Vers quoi renvoient les chiffres de la composition 9-11 d’Eniaios ? Quel message-poème lui correspond-il ? Je fais un nouveau voyage dans le temps. Dans les sites de guérison de la Grèce antique les prescriptions délivrées par les dieux-médecins étaient individualisées. A Épidaure un tel qui manquait de souffle devait a contrario s’efforcer de déclamer des poèmes en public, de composer des chants et des discours, tel autre devait se soigner par les feuilles d’une herbe médicinale poisoneuse, un autre prendre des bains froids, jeûner. Dans le genre de rassemblements modernes, comme ce fut dans le lieu unique à Temenos, cette individualité ne dépendait que de la façon particulière qu’avait chaque visiteur de recevoir la matière filmique et de profiter du site ; chaque regardeur, pour reprendre le terme de Duchamp, étant libre pour ainsi dire d’en prendre ce qu’il voulait, ce qui lui correspondait le mieux, ce qui lui permettait de faire face aux inconvénients (d’être en groupe, d’être exposé à la chaleur, de devoir attendre,…). Le caractère abstrait des images laissant les interprétations et les réactions ouvertes.
En traversant le Péloponnèse vers le sud, la vue des tombeaux mycéniens, de l’art byzantin de la Grèce orthodoxe et de l’histoire d’amour à Hydra.
Heureuse, belle vue depuis le fort, assise à la taverna de Mnemovasia, je lis le livre « Cinema as poetry » de Paul Adams Sitney, le chapitre sur Temenos.
Éclairant. Sitney décrit les trois sessions précédentes[xvii]. C’était donc sa quatrième. Il décrit ce qu’il a pu voir, ce qu’il a appris du projet, ce qu’il savait. Pourtant, si la qualité de la réception de l’œuvre filmique de Markopoulos échappe à son créateur, en revanche, de ses secrets de fabrication, en est-il le seul maître ? En lisant le livre sous un olivier, se fraye entre les branches, en se projetant de manière insistante, un faisceau de lumière sur les mots du livre :
« Unique, Temenos, éditer maintenant, Anthology Film Archive »[xviii]
N’est-ce pas le signe que Markopoulos voulait bien m’adresser ? Mais que veut-il bien me dire à travers ce message ?
Le Péloponnèse encore. Je regarde ces sculptures d’hommes nus dans le musée archéologique d’Olympia. Une série de jeunes hommes nus avec les fesses bandantes et homosexuels ou pas, je comprends moi aussi pourquoi il faut se réjouir et filmer ça. Je filme ces corps masculins finement sculptés, beaux. La beauté du corps de jeunes hommes grecs. Ils sont comme ceux représentés dans des livres de la mythologie grecque. Les corps sveltes, bien proportionnés. Le sexe au repos, les fessiers ronds et fermes, le visage doux. Je tourne ainsi comme une toupie autour de l’une de ces sculptures et je l’admire. Oui, je suis éprise. Ce n’est qu’une sculpture bien sûr, mais quel érotisme. Le groupe des temenosiens cinéastes se balade ici par-ci par-là. J’arrête. Mon emprise devient trop visible. Et d’ailleurs n’est-ce pas d’un érotisme homosexuel dont il est question avant tout ?
Et là encore le film “From the notes of…” de Robert Beavers[xix] me revient à l’esprit.
Vue sur chambre. Un homme nu, comme une statue grecque
Légèreté poétique d’un film sur le travail intellectuel de composition. Illustration de la pensée créative écrite en acte, non pas illustration, mais exhibition, on la voit en train de se faire
Le texte annonce l’image, la scène, sorte de plan scénario
Filtre comme des feuilles en plastique, on a quelquefois l’impression de visionner des diapos
Les prises de vue sur la ville : ingénieux arrêts sur images
Buildings
Mouvements chaotiques, un nouvel arrêt sur images
Mélange de mise en scène et d’imprévu
Retour sur des scènes de pigeons en cage
A nouveau des fragments du livre
Collages, insertion d’images successives
Film de photogrammes dans les mains
Alternance de visage de profil, col blanc, pigeon de profil,
col blanc poilu
Filtre : l’un poussant l’autre
Ville
Fermeture des volets d’une fenêtre
Même fermeture ouverture des pages de notes
Film et livre se renvoyant l’un vers l’autre
Le filmmaker au travail de montage et d’écriture
Autoréflexivité
L’exhibition du travail intellectuel et de son rapport à la matière filmique et à l’espace
La géographie du lieu
L’érotisme poétiquement maîtrisé !
TEMENOS 2016
https://photos.app.goo.gl/h4baNXcdNx7tVbG66
TEMENOS 2022
https://photos.app.goo.gl/7qCP3aAv9S4Bxe99A
[1] Ce projet a bénéficié d’un appui du CNRS entre 2013 et 2016, accueil au laboratoire CEMS, merci à Sandra Laugier, Michel Barthélémy, Anthology Film Archives, la société Re :Voir et tous les artistes filmées. Grand merci à Barbara Hammer (https://barbarahammer.com) qui a bien voulu héberger et diffuser ce projet sur son site, cf. https://barbarahammer.com/wp-content/uploads/2019/11/Projet-CNRS-OLSZEWSKA-2013.pdf
[i] From Darkness to Light by Lanka Nanda Thero Sri Lanka, 2018, p. 30
[ii] Robert Beavers, Préface au Temenos 2016 ; Gregory Markopoulos, Film as film, The visible Press, ed. Mark London, Webber, 2014
[iii]Gregory Markopoulos, Film as film, The visible Press, ed. Mark Webber, London, 2014 ; https://library.harvard.edu/film/films/2014sepoct/markopoulos.html
[iv] “From the Notebook Of” (Robert Beavers, 1971/1998) : https://www.youtube.com/watch?v=IClK-TkriPI ; https://robertbeavers.com/films/from-the-notebook-of/
Robert Beavers edited by Rebekah Rutkoff ; P. Adams Sitney, Eyes Upsaid Down, Oxford University Press, 2008, « Beavers’s Third Cycle: The Theater of Gesture » chap.16, p.349
[v] Paul Valéry, Introduction à la méthode de Léonard de Vinci, édition de La nouvelle revue française, Paris, 1919 ; https://archive.org/details/introductionla00valuoft/page/6
[vi] http://www.mfj-online.org/journalPages/MFJ32%2C33/beavers.html
[vii] Osho, The Tantra experience. Talks on the royal song of Saraha, Diamon books, 1977, p.24
[viii] Christian Lebras, Peter Kubelka, Paris Expérimental Editions, 1990 ;
https://en.wikipedia.org/wiki/Arnulf_Rainer_(film).
[ix] Jonas Mekas, A dance with Fred Astaire, Anthology Editions, New York, 217, p. 179
[x] vidéo B.O. : https://www.youtube.com/watch?v=7-qXCYDZC7o
[xi]http://www.elumiere.net/exclusivo_web/entrevistabeavers/entrevistabeavers_02_en.php ;
[xii] Gregory Markopoulos, Film as film, The visible Press, ed. Mark Webber, 2014, p.256
[xiii] cf. le chapitre sur Robert Beavers de Paul Adams Sitney qui relate l’accident de bus vécu par Beavers et Markopoulos, P. Adams Sitney, Eyes Upsaid Down, Oxford University Press, 2008, « Beavers’s Third Cycle: The Theater of Gesture » chap.16, p.349
[xiv] idem, p. 459
[xv] Cf. lectures et commentaires de Mark Webber, traduites par Helga Fanderl, du livre Film as film à Au: Revoir, vidéo de B.O.
[xvi] Antoine Pietrobelli, « Galen’s Religious Itineraries » Mohr Siebeck, 2017 ; Georgia Petridou, Contesting medical and religious expertise in the Hieroi Logoi: Aristides as therapeutēs and the therapeutai of Asclepius at Pergamum, Erfurt, 14th-16th of January 2015 ; Georgia Petridou, « Poésie pour l’esprit, rhétorique pour le corps : remèdes littéraires et cautions épistolaires dans les hieroi logoi d’Aelius Aristide »
[xvii] Paul Adams Sitney, Cinema as poetry, “Markopoulos and Temenos”, Oxford University Press, 2008, chap.9, p.215.
[xviii] Quelques images issues de cette « cure » : https://photos.app.goo.gl/h4baNXcdNx7tVbG66
[xix] Conférence après la projection du film : https://photos.app.goo.gl/nv5ji3YPZGntbTrJA
Protégé : INVENTAIRE
L’ART, L’INTERACTION SOCIALE ET LA NATURE
L’enquête sur la production des expériences esthétiques
B. Olszewska1
Résumé
Je me suis engagée dans une enquête exploratoire mêlant recherche, création filmique et rédaction d’un ouvrage traitant de l’art, des dynamiques sociales et de la nature. Ce projet s’appuie sur des enquêtes empiriques et s’articule autour de deux axes fondamentaux. Le premier aborde les enjeux de l’expérience esthétique et de son émergence au sein des interactions sociales, mettant particulièrement l’accent sur les activités artistiques. Le second axe accorde une importance capitale à la nature et à l’environnement que j’appréhende à travers mes expériences de voyage et enquêtes sur des projets d’art écologique. Ce deuxième axe permet de questionner la notion d’identité et de territoire, d’explorer la diversité des formes culturelles, tout en remettant en question le cours déterministe de leur histoire et observant leurs modes d’évolution actuels. Le projet repose sur une étude d’un éventail représentatif de lieux, englobant les espaces naturels préservés ainsi que les patrimoines culturels. Ces investigations questionnent le rôle constitutif des dispositifs techniques d’enregistrement des moments et des expériences esthétiques, des formes de leur description, diffusion et de leur archivage.
Si ces réflexions prennent principalement racine dans les interactions filmées des artistes, les arts étant, de par leur nature même, aptes à créer des formes d’expériences esthétiques, je m’intéresse en réalité à toute rencontre ou événement propice à l’émergence d’une expérience esthétique. Cela englobe les échanges humains, les environnements naturels et les lieux insolites, les pratiques et les expériences captivantes, surgissant dans divers contextes de la vie quotidienne, comme en témoigne la série d’articles accompagnés de vidéos, regroupés par thèmes : « Les portraits d’artistes », série 2 : « Les cinémas différents », série 3 : « Voyages d’étude ».
Cette dernière série d’articles se focalise particulièrement sur des liens entre l’art et la nature. La nature y est appréhendée dans son sens environnemental comme existentiel, en tant que « matière » première de toute création. Je questionne en particulier le pouvoir transformateur de certaines situations, des rencontres et découvertes réalisées lors des voyages. A travers l’éloignement des aspects culturels et familiers, le voyage offre en effet la possibilité du dépaysement, ainsi que la découverte des modes de vie artistiques, culturelles, spirituelles, alternatives, visant la re-connexion plus harmonieuse avec l’environnement naturel. Les enquêtes empiriques sont restituées à travers une description personnelle accompagnée de vidéos, photos et des journaux de voyage relatant ces rencontres et apprentissages.
Le projet inclue des recherches menées sur le concept d’art-nature de Cesare Manrique à la Fondation Cesare Manrique à Lanzarote et à Grande Canarie (2022/23) ; les paysages des îles grecques ; les expériences à « Temenos » (2018, 2022, Lyssarea, Grèce), intégrant le cinéma dans la nature ; « la nature méditée » (méditation vipassana, yoga lors des «Mahashivaratri »), le projet « Save Soil » d’Isha Foundation (Coimbatore, Inde, 2020), la découverte de vestiges et des paysages au Nepal (2012), Chine (2019), Inde (2015, 2016, 2017, 2020, 2023), Tibet (2019), Cambodge (2017), Chilli (2018), l’enquête à bord du Transsibérien, les Moaï de l’île de Pacques…
Visées de Recherche :
– Examiner l’évolution de la notion d’expérience esthétique, de son déplacement du rapport exclusif aux beaux-arts vers un contexte social plus large, son lien avec l’environnement naturel et interactions sociales
– Analyser la distinction entre deux modes d’immersion distincts : l’immersion ciblée qui caractérise le terme d’une enquête qui qualifie l’expérience d’esthétique et l’absorption plus diffuse, comme par exemple celle vécue lors de la contemplation d’un paysage
– Explorer certaines pratiques de travail et/ou formes de vies artistiques conçues de manière à fournir la matière à « une œuvre d’art », celles qui abordent l’art et la vie dans un même élan d’expérience esthétique et éthique
– Questionner les rapports entre l’art contemporain, la science et l’environnement naturel
Problématique
1° L’esthétique comme « une valeur ajoutée » et la transformation de l’ordinaire[1]
Le sujet de l’expérience esthétique que je m’apprête à aborder ici, dépasse celui devenu, depuis Hegel, un objet de réflexion philosophique sur l’art, l’art lequel à l’époque de Hegel était principalement considéré à travers les beaux-arts tels que la peinture, la sculpture, l’architecture, la poésie et la musique. Hegel tentait d’établir leurs caractéristiques et les différences concernant les formes de médiation entre le monde sensible et le monde de l’esprit permettant aux individus de comprendre et de ressentir des « vérités » universelles. L’art constituait donc le moyen privilégié de relier la sensibilité humaine à la nature. En mettant l’accent sur l’interaction sociale, la philosophie le pragmatisme, de Mead et de Dewey notamment, a permis de déplacer l’objet d’étude de l’esthétique comme une discipline visant à analyser le fonctionnement des concepts inhérents aux développement des arts vers des phénomènes plus généraux se produisant au sein de la vie sociale. Dewey s’intéressait notamment aux formes d’expression esthétique dans la vie quotidienne, au-delà des activités artistiques à proprement dites. Dans ce cadre, la notion d’expérience esthétique, n’est plus rattachée exclusivement aux notions traditionnelles de « beau » ou de « sublime ». Elle se détache également des interprétations courantes associées au terme « esthétique » que l’on relie à des éléments tels qu’une personne séduisante, un paysage pittoresque, ou encore un objet attrayant, voire à des particularités stylistiques d’un édifice, ou à des lieux qui rehaussent notre perception, souvent considérés comme nobles ou valorisants. En effet, la diversité considérable de nos expériences esthétiques dépasse ces classifications restrictives. Une expérience esthétique implique par exemple exploration de nouvelles idées, suscite des émotions et des états qui transcendent le simple attrait visuel ou sensoriel. Elle peut inclure des éléments conceptuels qui suscitent des réflexions approfondies, provoquent des remises en question, ou génèrent des émotions complexes voire contradictoires.
L’expérience esthétique est ainsi étroitement liée aux normes érigées par une culture ou une société, pour catégoriser et différencier les divers actes, comportements, expressions ou formes d’événements. Kant, dans sa « Critique de la faculté de juger », a introduit l’idée d’un jugement esthétique « désintéressé », soulignant que l’expérience esthétique ne se limite pas à une simple préférence individuelle, mais repose également sur des notions de plaisir désintéressé et de jugement partagé. D’autre part, elle est associée au désir, à la souffrance et à la « volonté » propre au déroulement de la vie, si l’on se réfère à Schopenhauer. La volonté, notion centrale dans sa philosophie, associe l’esthétique à des désirs, des souffrances et à une force motrice fondamentale inhérente à la vie organique comme à la matière inerte. Schopenhauer considérait que l’art offrait une évasion temporaire de la souffrance inhérente à la volonté, offrant ainsi une contemplation esthétique qui transcendait les préoccupations quotidiennes. Comme Maurice Merleau-Ponty l’a illustré également dans la « Phénoménologie de la perception », l’esthétique est étroitement liée à la perception et à la corporéité. : « Le corps comme puissance motrice et projet du monde donne sens à son entourage, fait du monde un domaine familier, dessine et déploie son Umwelt, il est « puissance d’un certain monde ».
Expérience de l’art et éducation
John Dewey interroge la nature de l’expérience esthétique dans le champs artistique, le résultat qu’il délivre dans son ouvrage « L’art comme expérience » (1934). Celui ci a inspiré de nombreux artistes et collectionneurs d’art, dont Albert C. Barnes avec lequel Dewey partageait ses réflexions. Ce dernier a appliqué les principes exposés par Dewey dans sa manière de collectionner et d’exposer l’art. Plutôt que de simplement afficher des œuvres d’art dans un cadre traditionnel de musée, Barnes a créé une disposition performative pour sa collection. Sa Fondation proposait une présentation unique d’œuvres, organisées selon les principes éducatifs et esthétiques de Dewey. Contrairement aux pratiques muséales traditionnelles, Barnes a organisé sa collection en « ensembles muraux » : des groupements d’œuvres de différentes époques, styles et cultures, juxtaposant peintures, sculptures, objets africains, mobilier ancien et fer forgé. Cette approche visait à encourager une perception comparative et contextuelle de l’art, favorisant une expérience immersive et réflexive .Barnes Foundation
Cette disposition a été influencée par les idées de John Dewey, philosophe pragmatiste et éducateur, avec qui Barnes entretenait une relation intellectuelle étroite. Dewey a été conseiller de la Fondation en 1925 et a contribué à façonner sa vision pédagogique. Il considérait l’art comme un moyen d’éducation esthétique, capable de transformer l’expérience quotidienne et de stimuler la pensée critiqueDes ensembles visuels complexes où des peintures, des sculptures et des objets étaient juxtaposés encourageant les visiteurs à établir des connexions entre les différentes œuvres, favorisant ainsi une expérience d’apprentissage et d’appréciation esthétique dynamique.
Cette collaboration permet d’illustrer concrètement le lien entre l’idée de l’expérience esthétique que se faisait Dewey et sa conception de la pédagogie, active et expérimentale, proche en cela des expériences menées dans des écoles en ce temps en Russie soviétique post-révolutionnaire que Dewey a pu visiter. C’est en lien avec de nouvelles idées de pédagogie expérimentale que Dewey insiste sur le fait qu’afin de mieux comprendre la spécificité des productions artistiques, il est nécessaire de s’en éloigner dans un premier temps et de reconsidérer ce qui dans l’expérience ordinaire suscite le sentiment de beauté, d’horreur, de laideur, d’enchantement… ce qui attire l’attention et ce qui permet à un individu d’enrichir son expérience par un « jugement » d’ordre « réfléchissant » plutôt que par un raisonnement, pour reprendre la distinction kantienne. Dewey cherchait ainsi à décloisonner les catégories réifiées de l’existence, permettant ainsi à l’esthétique de s’émanciper du champ purement artistique où elle a été reléguée. Elle a suscitait par ailleurs au sein des arts, de nouvelles attitudes visant à une reconsidération des liens entre l’art et la vie, en déplaçant l’objet même de l’art et la place de public dans son appréhension (cf. Avant-gardes artistiques). Pour Dewey, la philosophie se doit questionner les usages, les « jeux de langage » (pour reprendre également le concept de L. Wittgenstein), et les conditions pragmatiques concrètes dans lesquelles les qualificatifs du beau, de la création, de sublime et d’autres termes réservées à ce que nous considérons comme expérience esthétique, sont exprimés. Il souligne par ailleurs que l’observation d’une œuvre d’art ne conduit pas nécessairement à une expérience esthétique profonde, car la relation que nous entretenons avec l’objet peut demeurer superficielle et rudimentaire. À l’inverse, une expérience ordinaire peut revêtir une dimension esthétique [2]. L’étude de phénomènes esthétiques s’intéresse donc à la manière dont ils se manifestent dans des conditions et des contextes spécifiques, appréhendée au cœur des situations, ce qui représente le paradigme même de l’étude de l’expérience esthétique, car elle seule permet de prendre conscience des transformations résultant des interactions entre l’individu et l’environnement naturel et social dans lequel tant l’émergence que l’appréciation esthétique d’un événement a lieu. Ainsi, pour Dewey, le qualificatif « esthétique » découle davantage d’une expérience, d’un processus, que d’un environnement ou un objet « tout fait », comme l’est, par exemple, un beau tableau ou un paysage. L’expérience esthétique, remarque Dewey, « marque chaque expérience satisfaisante et transformatrice de son empreinte, en ce sens elle renvoie à une valeur ». [1] Elle joue le rôle essentiel dans d’autres formes d’expérience (scientifique, politique), comme dans l’émergence des formes de vies nouvelles ou de la prise de conscience de leur qualité. En ce sens, elle transcende les frontières disciplinaires et s’étends à différentes facettes de l’existence. Sa manifestation sensible est le moyen par lequel nous pouvons accéder à une appréciation plus profonde de la qualité de la vie, au-delà des créations matérielles des objets d’art. L’esthétique telle qu’elle est appréhendée chez Dewey est intrinsèquement liée à notre interaction directe avec le monde naturel ou social. Le succès dans la culture de plantes, une conversation, l’immersion dans un paysage naturel ou la création d’une œuvre d’art peuvent donc constituer autant d’occasions d’un épanouissement et appréciation de la vie, devant tout à la fois esthétique comme éthique.
2° Le sentiment esthétique dans l’enquête
« Il n’y a pas de solution, parce qu’il n’y a pas de problème » (Marcel Duchamp)
Voilà une citation à l’encontre de la théorie de l’enquête de John Dewey qui décrit en effet l’expression de divers sentiments de satisfaction que procure une enquête menée à son terme et attire notre attention sur des conditions dans lesquelles émergent nos jugements du beau et nos sentiments esthétiques. Comme lors d’une découverte scientifique, lorsque, arrivée à son terme l’enquête se clôture par l’expression de la qualité esthétique la plus fortement éprouvée. Suite à la résolution d’un problème, l’individu prend conscience du problème, la solution trouvée requalifie la situation problématique d’une nouvelle manière. C’est le fameux « eureka » (j’ai trouvé !) d’Archimède, l’expression de la joie, le sentiment de justesse et d’apaisement qui s’en suive. La solution trouvée permet de comprendre la situation problématique, lui confère une forme, lui attribue un sentiment de totalité qualitative unie : « L’enquête est la transformation contrôlée ou dirigée d’une situation indéterminée en une situation qui est si déterminée en ses distinctions et relations constitutives qu’elle convertit les éléments de la situation originelle en un tout unifié » (Dewey, p.169). Inhérente à la résolution de problème, le sentiment esthétique concerne en fait toute sorte de situations d’enquête. Dewey cherche à montrer que les enquêtes scientifiques comme celles de sens commun suivent en réalité un schème semblable. Il attire notre attention sur les différentes étapes de constitution de l’expérience d’un individu pris dans une situation problématique. Allant de la perception, plutôt sentie, que réfléchie de la situation problématique, jusqu’à la découverte de ce qui causait la perturbation. Cette dernière constitue le focus de sa réflexion sur l’enquête, mais également dans des situations de découverte de la solution, l’apprentissage, la transformation logique du raisonnement quant aux étapes et les erreurs commis, l’analyse et le réarrangement des relations cognitives entre les données, etc. C’est seulement au terme de l’enquête, d’après Dewey, que l’on peut définir une expérience authentique, le fait « d’avoir eu une expérience ». Car, si d’une certaine manière toute activité implique un changement, seulement dans ce cas précis nous vivons émotionnellement et intellectuellement une véritable requalification de choses ou d’états de faits et acquérons à leur sujet une perception nouvelle, vivons la dispersion de la tension accumulée. Parvenue au terme de l’enquête, l’individu vit alors une véritable transformation émotionnelle et psychologique dans laquelle l’expérience vécue acquiert un nouveau sens. D’incertaine et chaotique, la situation devient clairement définie. Le sentiment d’apaisement qui surgit au moment de la découverte de la solution s’étale sur la situation vécue comme problématique dans le passé immédiat, permet à l’individu de comprendre les différentes étapes de la recherche, ses erreurs, ses errances et ses impasses. Il la requalifie, comme en témoignent souvent les différentes formes langagières ponctuant voire constituant les différentes étapes de l’enquête, pour ainsi dire d’une nouvelle manière. De l’expérience anesthétique, vécue dans un état de tension et de « négativité », l’activité retrouve le sens de l’équilibre, l’individu perçoit et exprime des relations justes entre les données et les informations qu’il reçoit et auxquels il réagit à présent de manière harmonieuse. La transformation de la situation qui s’ensuit, bien que vécue individuellement, n’est pas pour autant subjective ou arbitraire, ni purement cognitive. Elle est fondée organiquement et socialement, se fonde sur des faits, des significations et des symboles, des conventions sociales historiquement établies, devenus « faits sociaux », elle implique des personnes et des objets matériels perçus en rapport avec l’enquête. Le sentiment désagréable, comme par exemple « avoir sur le bout de la langue le terme recherché », la tension, le déséquilibre, se transforme en sentiment de satisfaction, la « trouvaille » coïncide avec ce qui a été recherché, la situation change d’aspect.
Dewey considérait que l’expérience esthétique implique un engagement, en particulier lorsque un individu s’implique dans une situation de création (musique, poésie, œuvre d’art ou tout autre objet constitutif de « forme de vie » différentes). L’expérience esthétique ne se limite donc pas à une contemplation passive de l’objet ou de « spectacle » sensoriel, mais implique une interaction dynamique entre le sujet (sa conception sociale/morale de vie), l’environnement et la situation vécue. L’individu explore pour ainsi dire les évènements qui surgissent, inspecte les objets qui se présentent, observe, contemple ou interagit avec eux, se pose des questions, exprime des émotions, et finalement développe une compréhension plus approfondie et une appréciation enrichie de l’expérience. Dans ce processus, autant symbolique que physique, spatial que temporel, intuitif comme intentionnel, le jugement esthétique émerge comme une conséquence naturelle. Il n’est pas fondé sur des normes rigides ou des critères prédéfinis, mais constitue l’expérience même de l’individu qui le vit, implique le hasard et l’intuition, la logique et l’imagination, et souvent le sentiment d’apaisement à l’issue d’une situation problématique. Il en est de même de la perception de qualités esthétiques dans un environnement naturel, lors de la conception d’un objet ou une situation d’interaction, qui n’est pas moins active et exploratoire afin de permettre l’appréciation esthétique. Rappelons toutefois, que la notion de la satisfaction due au terme d’une enquête ne se confonds pas chez Dewey à la réalisation achevée d’une œuvre/chose matérielle. Le sentiment de satisfaction a plutôt lien avec la qualité et à la forme (belle, harmonieuse, créative…) que prennent des situations dès lors qu’elles ne sont plus troublées. Ce sont des états et des situations problématiques, inachevées, perpétués de manière « avortée », qui sont pour ainsi dire anesthétiques (car elles manifestent la persistance du problème, la répétition des logiques erronées et de ce fait l’insatisfaction continuelle de l’individu qui les vit et dont l’état « raisonne » dans la vie sociale qu’il mène…). Ce sont donc ces situations troublées qui doivent se clore et non pas des « créations » (objets, œuvres d’art) que ces situations impliquent. En un sens plus profond, toute réification de nos « pulsions », réactions, créations en des « objets » délimités n’est que provisoire. Elle n’a pas de réalité définie une fois pour toutes, mais l’incarne à l’issu des processus complexes d’interactions autant matérielles que symboliques, de ce que nous comprenons des lois de la nature et de leur logique. Car, comme nous rappelant les philosophies orientales, il n’y a pas dans le monde naturel de formes d’évènements déterminées une fois pour toutes, la nature nous mène de la naissance vers la mort, ainsi, dans le monde social, il existe seulement des formes qui évoluent, se perfectionnent, au sein de différentes cultures et sociétés et d’après des logiques qui leur sont propres, et que ses membres transmettent, telles des pierres immuables, de génération en génération. Ces « formes logiques/raisonnements/principes ou idéaux » s’expriment à travers des interactions sociales et jeux de langage, à travers usages et production d’objets, qui varient selon des lieux ou des techniques. Ces dernières ayant pour but de « figer » ou de « contraindre » certaines pratiques, raisonnements, d’en constituer d’autres. Pourtant, ce n’est que d’un point de vue limité de jugement et de la perception qui sont les nôtres à un moment donné, relatif aux contextes d’interaction et de vie particuliers, que ces objets, telles les œuvres d’art ou les projets que l’on cultive patiemment au jour le jour, acquièrent une force de réalité. A son état de plus primaire, la vie n’est qu’un flux continu d’énergies, un amas de forces se cristallisant à un moment dans une forme provisoire dont la finalité nous échappe.
3° Film et l’écriture comme lien social et matière artistique : « JE-vidéo »
« l’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » ! (Robert Filliou)
Aussi instructifs soient-ils, ces concepts et idées philosophiques ne nous permettent cependant pas de comprendre pleinement la diversité des manifestations et des expériences vécues de manière esthétique par des personnes dans divers contextes, ni de saisir le statut et l’évolution de nos conceptions contemporaines de l’esthétique.
S’appuyant sur l’idée deweyenne soulignant que l’art est avant tout une expérience, je me suis munie d’une caméra/appareil photo et je souhaitais, à ma manière, de capter ces situations et moments permettant de rendre visible la nature de l’expérience esthétique dans différents contextes de la vie : la mienne pour commencer en tant qu’apprentissage, création et appréciation artistique, à travers les rencontres et les expériences de voyage, en essayant de saisir l’art de la nature, les fragments de beauté dans des situations ordinaires…
En me référant tout d’abord aux moments d’échanges et interactions filmées auprès des artistes et milieux d’art contemporain, cette enquête m’a permis d’identifier rétrospectivement ces quelques moments au sein de situations où se produit l’émergence d’une qualité esthétique partagée, transformant le cours ordinaire de la situation. Sur la base des vidéos et des récits réalisés de ces moments et cela malgré le caractère unique des situations dans lesquelles ils se produisent, j’ai tenté esquisser quelques traits génériques et des conditions de leur émergence qui les caractérisant.
Il s’agissait en particulier de questionner les configurations entre l’interaction sociale médiée par la caméra, objets d’art et/ou environnement naturel transformant la perception du réel, faisant émerger des idées, de nouveaux objets de connaissance, émotions. De manière plus générale, il s’agissait de poser à nouveaux frais la question dans quelle mesure est-il possible d’affirmer que l’art a le pouvoir/la capacité de transformer les situations sociales particulières, d’ouvrir au questionnement les états de choses les plus solidement conçus comme « allant de soi », et de reconsidérer les normes et les valeurs qui leur sont communément associés ? Ce constat apparemment banal, selon lequel « l’art transforme le réel », ouvre en réalité une piste d’enquête au plus près, non pas des courants artistiques et de leur histoire, mais de la production et reconnaissance « ordinaires » du phénomène esthétique qui sont observables et descriptibles dans les pratiques mêmes de la création (ici la création de situations filmées) et qui lui donnent une forme reconnaissable. Si cet énoncé est pourvu de sens, la question qui se pose est dès lors de retrouver la réalité phénoménale que la formule évoque en mettant l’accent sur quelque chose qui est fondamentalement de l’ordre de l’expérience communicable, à la manière du jugement réfléchissant [2], et non de l’expérience privée réputée incommunicable, bien que toute expérience esthétique implique les sentiments intimes, les sensations et les émotions personnelles que la personne vit pour ainsi dire « de l’intérieur ». L’adoption de cette posture phénoménologique et praxéologique autorise d’examiner les deux volets de ladite proposition de manière solidaire : le premier se traduit par un programme d’investigation empirique de situations au sein desquelles une activité créatrice se déroule qui, pour le champ artistique qui nous intéresse, joue sur un mode contrastif, émotionnel, ironique ou métaphorique avec les situations, les codes sociaux, les pratiques artistiques professionnelles, l’environnement physique et matériel, employés comme autant de ressources pour mettre en question le rapport conventionnel à l’art, à sa place dans la société et à sa rupture supposée avec le monde de la vie ordinaire. Le second volet, contigu au premier, est celui de la reconnaissance de la survenue de cette transformation esthétique d’une situation de la vie courante, dégagée par cette grammaire en acte, qui s’appuie sur l’expérience que l’observateur-participant en fait in situ et sur l’image que le film en capte, témoin impliqué de et dans ses conditions uniques d’occurrence .
Un des enjeux majeurs de cette recherche résidait dans l’examen des procédés et processus créatifs, conçus comme des activités socialement organisées et descriptibles en tant que telles. Il s’agissait de comprendre comment, dans le cadre des interactions sociales, la production et la réception de chaque acte (qu’il s’agisse d’un geste, d’une parole ou d’une autre forme d’expression), intrinsèquement liées et complémentaires, contribuent de manière réflexive à l’émergence d’un objet esthétique partagé, qualifié d’« intersubjectif ». Cet objet n’est pas simplement une construction ou sentiment individuel, mais le fruit d’une co-création où la singularité de chacun de participant entre en dialogue avec celle des autres, façonnant ainsi une réalité esthétique collective. L’activité filmique, à la fois prétexte, enquête et expérience, constitue ainsi un point de départ et une ressource de ce projet. Elle occupe cette place en observant, provoquant et filmant les moments des rencontres avec des personnes particuliers, dans lesquelles une activité créatrice est déployée. Dans ces circonstances en effet, l’observateur-participant peut saisir ce travail créatif en acte, par lequel quelque chose qui se produit se transforme en quelque chose d’autre (en tant qu’émergence de la « nouveauté » dans la situation actuelle, ou d’une situation apparaissant comme nouvelle, car appréhendable d’une manière autre que précédemment, l’acquisition d’une connaissance, la transformation d’une catégorie en une autre…), sur le moment même de sa réalisation, une métamorphose qui peut être reconnue comme telle par les protagonistes et observateurs des situations examinées. La caméra peut être vue comme un témoin voire un élément faisant partie intégrante du dispositif scénique dans lequel des pratiques créatives se déroulent de manière occasionnée. Le film acquiert ainsi un caractère hybride, en ce qu’il montre et donne accès à une « performance », une réalisation artistique ou une expérience esthétique située. Il permet ainsi de découvrir les méthodes employées par les membres pour façonner les situations et les actions pratiques mises en œuvre localement afin de réaliser une activité donnée, dans son environnement spécifique. Ces méthodes sont perceptibles comme des manières d’agir appropriées à la situation considérée. J’ai examiné en particulier la manière dont le film en train de se faire, in vivo et in situ, participe à l’activité de rendre visible l’impondérable de la situation, le basculement de l’ordinaire vers le registre esthétique. Le projet consistait ainsi à étudier la façon dont cette transformation s’opère matériellement, à la regarder en situation, à travers son déploiement sous forme de réalisations concrètes, lesquelles font surgir de l’intérieur des situations d’occurrence naturelles qui en sont le foyer les éléments non encore explorés ou non perçus par leurs membres et les transforment en objet d’art ou matière à création. L’enquête consistait en la constitution et l’analyse d’un corpus de films se focalisant sur des moments particuliers dans lesquels émerge une « nouveauté », objet de l’enquête (Dewey, 1938). Une partie de ce matériel constitue le support premier des réflexions qui seront prolongées lors de cette étude, notamment à travers la réflexion portant sur le montage de vidéos, rapport entre les textes, commentaires, descriptions et images.
ll s’agit d’examiner la manière dont l’activité filmique, en incluant la présence de l’observateur que la réalisation de cette activité indexe à la situation vécue, a pu suivre la technique d’étrangeté mise en œuvre dans un travail cinématographique J.M. Straub: http://fr.wikipedia.org/wiki/JeanMarie_Straub_et_Danièle_Huillet ), a suscité l’émergence d’une sculpture (Jim Ritchies : http://www.jim-ritchie.com/), a compris le rôle du désordre et de l’intelligible dans la magie de l’art (lors de la visite de l’appartement-musée de G.Zevolla : http://fr.wikipedia.org/wiki/Giuseppe_Zevola) ou a pu établir pratiquement (en filmant l’activité de se rendre sur place et de découvrir l’agencement de ce lieu) la connexion endogène entre l’aménagement de l’habitat et la pratique artistique visant la publicisation de l’intime (chez Nathalie Saint Phalle :http://paris-ontheothersideofintimacy.blogspot.fr/2009/06/albergo-del-purgatorio-lieudexposition.html), a contribué à la mise en situation filmique concernant un projet d’art (dans le cadre du projet « Prenez soin de vous » de Sophie Calle : http://fr.wikipedia.org/wiki/Sophie_Calle), a été impliquée de manière festive à la manière de susciter les situations et de filmer qui est caractéristique de la manière du cinéaste Jonas Mekas : http://jonasmekasfilms.com/diary/, de la manière dont la vie et le film s’imbriquent chez le réalisateur Boris Lehman, Alan Berliner, Ken Jacobs, Robert Attanasio, etc.)…
Le matériel mobilisé a permis d’interroger les processus de transformation créatifs accomplis lors de ces rencontres et situations filmées afin de souligner plus concrètement les liens que la perception esthétique entretient avec ses médiations : le film en tant qu’il est susceptible de rendre publique la situation enregistrée, les objets et les personnes présentes (observateurs, public), l’environnement immédiat (habitat, rue, café, environnement naturel…), mais également de leur transformation esthétique. En s’appuyant sur les travaux de l’ethnométhodologie sur les activités de travail (Ethnomethodological Studies of Work) et également sur la philosophie pragmatiste de « l’art comme expérience » (J. Dewey) ou les « jeux de langage » (L. Wittgenstein), ce projet a permis d’esquisser les caractéristiques plus générales de cette esthétique située dans le « monde de l’art », de sa « grammaire », ses objets, ses procédés, ses artistes et à s’interroger sur sa place dans la vie sociale en général, en étendant la réflexion menée sur cette question en relation aux milieux de l’art vers d’autres milieux et situations d’activités de la vie ordinaire, (voyage, apprentissage, découverte scientifique, résolution d’un problème) …
Ainsi, si le sens commun et de nombreuses théories de l’esthétique attribuent la perception et le jugement esthétique à un individu, à ses caractéristiques émotionnelles, psychologiques, voire mystiques, l’artiste comme un créateur-génie y est souvent considéré comme un médium des apparitions soudaines, d’une forme, d’une idée ou d’un esprit qui viendraient soudainement l’habiter ; de son côté, l’approche pragmatiste le place au contraire au cœur de la rationalité, des formes objectives de la représentation artistique et de la « grammaire » du champ culturel dans lequel elles opèrent. La conception que l’on peut nommer romantique ou mystique sépare, souligne Dewey, le moment d’émergence de la nouveauté des opérations de l’enquête qui lui a donné naissance et contribue, ce faisant, à rendre le processus créatif opaque, inaccessible à l’analyse. La notion d’enquête permet ainsi de situer le moment de transformation créative dans un processus d’expérience plus large et montre comment on arrive progressivement au changement qualitatif de la situation et à sa qualification esthétique nouvelle. Ainsi, si on devait dégager un schème commun au surgissement d’une nouveauté, au sens de réorientation ou d’appréciation différente de ce qui précède, qui se traduit en particulier par le fait que l’on est désormais à même d’en rendre compte d’une manière explicitement fondée, on pourrait dire qu’elle se produit tout d’abord au cours des différents moments de l’enquête (comme une ressource permettant d’apprécier correctement ses différentes étapes) et qu’elle a une fonction décisive dans sa clôture, en tant qu’elle est liée au jugement esthétique qui la réalise, via la reconnaissance d’un résultat satisfaisant (la résolution d’un problème), et requalifie l’ensemble des phases de l’enquête sous une catégorie nouvelle et, semble-t-il, plus appropriée. Ainsi, si la créativité a quelque chose à voir avec une rupture, une mise en tension ou un départ délibéré des modes habituels de voir ou de faire de l’art, comme de se rapporter au monde de la vie dans l’attitude naturelle de la pensée courante, il serait toutefois erroné de ne l’appréhender qu’à la lumière d’un changement qualitatif simplement ponctuel et soudain.
4° L’environnement de la perception esthétique
Ainsi, à la manière de Dewey, nous avons porté l’attention sur la nature de l’expérience esthétique dans différents contextes de la vie et à travers l’expérience des moments dit « esthétiques », c’est-à-dire ceux où quelque chose d’un apprentissage, d’une découverte, d’une nouveauté surgit que ce soit au sein même de la création et appréciation artistique, expérience de voyage, contact avec les éléments naturels d’un paysage, conversations et activités ordinaires « inspirantes »…
Les voyages constituent en cela la source d’inspiration d’innombrables expériences artistiques que ce soit à travers les paysages découverts, le contact avec la nature, les découvertes, rencontres et apprentissages. Le voyage impliquent la mobilité, la traversée des frontières, l’immersion, l’accueil de « l’étrangeté » culturelle ou paysagère. Il est ancrée dans des contextes précis, relative aux situations particulières vécues par des voyageurs, à l’état émotionnel de personnes, aux moyens et aux « techniques » à leur portée. Si, dans certains cas, comme lors de migration volontaire ou forcée, le déplacement engendre l’angoisse lié à la survie et la volonté de préserver son intégrité, voire sa vie, dans d’autres circonstances, il est la source d’émerveillement, de découverte des environnements culturels, géographiques et paysages jusque-là inconnus, créant le sentiment de bien-être dans l’atmosphère insouciante des lieux, il évoque la légèreté de l’existence. Quelles que soient les circonstances et les raisons du départ, qu’elles soient avantageuses ou désastreuses, le voyage peut non seulement servir de catalyseur à des expériences esthétiques enrichissantes, mais offre également des conditions propices à la transformation de cadre de vie, à la « métamorphose du soi», voire, dans certains cas, à la formation d’un individu éthique ou spirituel.
Ce second volet du projet propose d’explorer la notion d’expérience esthétique en puisant son essence dans les méandres des situations vécues, là où se dessine l’art subtil de la perception d’innombrables manifestations de l’esthétique en acte. Je me suis particulièrement attachée à élucider les circonstances dans lesquelles, au cours de ces voyages, certaines situations tendent à revêtir une dimension vitale intensifiée. Qu’il s’agisse du dépaysement ressenti par les voyageurs lors de la découverte de lieux insolites, des rencontres fortuites et culturelles, de l’état d’esprit des individus confrontés à des contraintes et des dangers, ou encore de la sensation de libération d’un fardeau qu’ils laissent derrière eux, les traces des expériences de voyage constituent un terreau propice non seulement à la compréhension de l’expérience esthétique vécue, mais également à son émergence sous des formes littéraires et filmiques.
Ces dernières permettent d’interroger les qualités de l’environnement de l’expérience esthétique, ainsi que la manière dont celui-ci façonne, en retour, le sentiment et le jugement esthétique d’un individu. Il influe sur sa manière d’être et de ressentir, sur la conception qu’il a de lui-même, voire sur la transformation de son identité. Je souhaitais élargir cette réflexion en questionnant la formes des descriptions de ces interactions (journaux intimes, carnets de voyage) et de leurs traces visuelles. Ces documents offrent la possibilité de questionner le rapport de l’art à la nature, à la technologie et à l’art, et de reconsidérer, à l’ère de l’Anthropocène, notre relation au paysage, à ses usages touristiques et à ses exploitations industrielles, tout en renouvelant la réflexion sur la relation entre esthétique et écologie.
Sous quelle forme les récits portent-ils les traces de l’authenticité des expériences vécues ? Comment le film devient-il un journal de voyage ? Un « journal filmé » ? Comment concevoir l’archivage de traces visuelles et écrites sans pour autant perdre leur caractère dynamique, lié à la biographie des protagonistes ? Comment préserver leur intimité, voire, dans certains cas, leur anonymat ?
Les observations, découvertes « ethnographiques » ainsi que les expériences autobiographiques vécues et « mises en scène » visuelle et sonore sont répertoriées dans un tableau numérique, qui classe les événements par années et par mois. Les titres des événements fournissent des liens vers divers chapitres accompagnés des traces visuelles que le lecteur-spectateur pourra explorer au gré de sa curiosité. Une série de parcours possibles lui sera néanmoins suggérée.
RESUME DE CONTENUS :
Le projet d’ouvrage fondées sur les traces de ces expériences se décline en trois parties :
Le premier chapitre explore la notion d’expérience esthétique à partir des concepts philosophiques à l’appui des exemples de pratiques artistiques permettant de les illustrer. J’ai voulu, à ma manière, commenter quelques idées de philosophes tels que Hegel, Schopenhauer, Dewey et Wittgenstein pour évoquer quelques idées sur la façon dont ces philosophes ont abordé l’art comme expérience. Je me focalise ici en particulier sur la constitution d’expérience esthétique à travers l’interaction sociale (milieux d’art) et à travers l’interaction médiatisée de la nature. La démarche d’auto-fiction de Boris Lehman, d’Alan Berliner ou les projets d’art de Sophie Calle questionnent quant à eux la nature sociale, la manière dont l’expérience humaine (la sienne en l’occurrence) offre la matière première de la création, allant jusqu’à transformer les événements de sa propre vie en « une œuvre d’art ». Les artistes réactualisent en cela l’esprit des avant-gardes et leurs démarches de transformation esthétique de l’ordinaire : dada, surréalisme, expressionisme abstrait, lettrisme, situationnistes, beat generation, fluxus,…On examinera quelque-unes de ces rencontres.
Bien que l’environnement naturel soit considéré ici sous sa forme « autonome », comme intégrant les éléments sensoriels et esthétiques, ouvrant la voie à une expérience vitale, laquelle, au-delà de l’intellect, transcende toute forme de production et de représentation, (la nature s’appréhende sentie plutôt que purement « vue » ou réfléchie), l’expérience esthétique qui en émerge est elle également « médiatisée ». Cette idée est développée dans le chapitre suivant qui questionne la distinction entre la notion d’esthétique en tant que résultat final d’une enquête, prenant la forme d’une immersion ciblée, et celle plus diffuse ou « désintéressée », telle qu’on peut la vivre lors de l’expérience vécue d’un paysage, discutée par différents écrivains et philosophes (Hadot, Rancière, Bégout). Cette discussion se concentre sur la façon dont le paysage vécu offre une expérience immersive directe, engageant les sens et les émotions de l’individu de manière très différente de celle qui naît de l’interaction avec une personne ou une œuvre d’art.
Cette s’appuie sur plusieurs exemples de pratiques des artistes me permettant d’illustrer comment l’art et la nature coexistent dans un même élan. L’environnement naturel étant « célébré » de diverses manières. L’architecture « trouvée » de Cesare Manrique, le cinéma artisanal de Jean Marie Straub, le Journal filmée de Jonas Mekas, le cinéma expérimental de Peter Kubelka, Jaap Pieters, les films-concerts et expériences psychédéliques de Lionel Magal, le projet « Temenos » de cinéma de G. Markopoulos/ R. Beavers, les concerts-films de Phill Niblock, sont en ce sens exemplaires.
La dernière partie prolonge ces mêmes réflexions à travers un journal de voyage, rapportant les fragments d’expérience esthétique et anesthétique saisit au sein de la vie quotidienne, impulsion et matière à « l’œuvre d’art », construite à l’aide des expériences de rencontres, voyages, de prise d’images et d’écriture à travers le monde et partagés avec mes lecteurs sous forme de confidences, d’observations, de méditations et de découvertes, réunis dans différents chapitres consacrés aux « voyages d’étude ». Les deux derniers chapitres esquissent les difficultés auxquelles se heurte la description scientifique de l’expérience esthétique face à celle promue par des artistes qui privilégient des formes d’expression personnelle.
Présentation de l’auteur
- Barbara Olszewska, Anthropologue/Sociologue, Maître de conférences en Sciences de la Communication à l’Université de Technologie de Compiègne, depuis 2004 au laboratoire Costech (Connaissance, Organisations et Systèmes Techniques), responsable des enseignements « Art et société », « Interaction sociale et numérique ». Auteure de nombreux articles, communications et films de recherche sur le « travail » artistique et les concepts mis en oeuvre: « Olszewska B., « Les répétitions. Rendre étrange ce qui va de soi. A propos du travail de préparation des acteurs et mon expérience filmique sur le tournage des films « Un héritier » et « Inconsolable » par Jean-Marie Straub », 2010-2017, (texte et vidéos disponibles sur le blog « Je-vidéo » : barbara2 olszewska.com et youtube/ ; • Olszewska B., Barthélémy M. & M. Dupont, « La production interactionnelle de l’espace chorégraphique : le corps comme donnée et outil », in B. Olszewska, M. Barthélémy & M. Dupont (eds), Les données de l’enquête, Paris, PUF, 2010 ; Olszewska B., (2007) « D’une rupture sentimentale vers une rupture technologique ? », texte publié dans Sophie Calle, Prenez soin de vous, Actes Sud (ed.), catalogue de l’exposition de la Biennale de Venise ; Olszewska B., Barthélémy M., Dupont M., (2007), «La production interactionnelle de l’espace chorégraphique: le corps comme donnée et outil », colloque international Les données de l’enquête, Compiègne, UTC, 21-23 novembre; Olszewska B., Garreta G., (2008), « Sémiotique et pratique de la danse : la production située du sens chorégraphique », XVIIIème congrès AISLF, Istanbul, 7-11 juillet; Olszewska B., (2009), « L’esprit dans la danse. Technique du corps et chorégraphie mentale », Colloque : Les lieux de l’esprit, 4-6 juin 2009, Collège International de Philosophie (CIPh), Organisation : Guillaume Garreta, Pascale Gillot, Pascal Séverac, … ↩︎
CV_BARBARA OLSZEWSKA
MAITRE DE CONFERENCE, Sociologue/Anthropologue de la Communication, Université de Technologie de Compiègne, Laboratoire Costech (depuis 2004)
POST-DOCTORAT 2001-2004 Laboratoire de l’ergonomie (Centre de Recherche de France Telecom)
DOCTORAT EN SCIENCES DE L’INFORMATION & DE LA COMMUNICATION (2001)
« Habitudes et résolution de problèmes en situation d’apprentissage », Université de Montpellier 3
Jury composé de :
L. Quéré (directeur de recherche au CNRS, laboratoire CEMS)
B. Conein (sociologue, professeur en Sciences de l’Information et de la Communication, Lille III)
D. Rivaud-Danset (professeur d’économie, Reims)
A.Mucchielli (directeur de thèse, professeur en Sciences de l’Information et de la Communication, Montpellier III).
MONITEUR 1998-2001 Université de Lettres, Montpellier 3
Domaine de recherche
Philosophie pragmatiste, sociologie de l’interaction, esthétique/art & écologie
Thèmes de recherche
L’expérience esthétique et interaction sociale, l’art et la nature (écologie/ environnement), recherches sonores, cinéma/art expérimental/avant-gardes
La place de la vidéo et d’auto-fiction en sciences sociales
Archivage et partage des productions artistiques (vidéos/textes/photos)
ACTIVITES DE RECHERCHE 2023 (Résumé)
2023 : mission de recherche auprès de la Fondation Cesar Manrique, Lanzarote
2007-2023
Enquêtes filmées et réflexions sur l’art, la nature et l’expérience esthétique:
| DISSÉMINATION DE LA RECHERCHE : partage de connaissances avec le grand public, médiation scientifique, interface sciences et société. – Animation d’un blog : https://barbara2olszewska.com/ – Conception et animation du site issu du projet : « Apprentissage et Sens commun » : http://projetasc.free.fr – Mission de recherche, le concept d’Art-Nature de Cesare Manrique, la Fondation Cesare Manrique, Lanzarote/Gran Canaria, avril 2023 – Accueil en délégation au CEMS-IMM/EHESS-CNRS Projet : « L’ordinaire et sa transformation esthétique. Approche filmique des pratiques artistiques ‘alternatives’ ». https://barbarahammer.com/wp-content/uploads/2019/11/Projet-CNRS-OLSZEWSKA-2013.pdf – Rencontres/animation d’un réseau artistes/chercheurs : – séjours à « Temenos 16/22 », projection de films de G. Markopoulos, Lyssaraia, Grèce, juin 2022 ; – séjours sur l’île de Rhodes, film d’artistes, Auberge de France, 2021 – film à La Fondation du doute, dans le cadre de l’exposition « Fluxus Eptastelaire » curetée par Caterina Gualco, 16 mars 2019 ; – film dans le cadre de l’exposition de Ben Vautier, « La vie est un film », La Station, Nice, Septembre 2019, – film du festival Extra !, Centre Pompidou, 18 septembre 2022 – film du concert de Lionel Magal (Foxx) Michel Giroud (Coyote)_Joachim Montessouis (Léopard de neiges) Gwânael Chastagner Angei_(Bottistawa)_ Baba Jo_(Mantra)_Phillipe Duroc_(Sorcier)_Laurant Courau (Sorcier), Musée Gasandi_Digne les Bains,_Fondation Alexandra David Neel_Erratum., septembre 2018. – film de Boris Lehman lors de l’Exposition « Couple, regards, positions », galerie Re: Voir, Paris mars 2022 – film dans le cadre de l’Exposition « Charles Duits a-t-il dit peint », Galerie Loeve&Co St-Germain, 16 novembre 2023 Valorisation, transfert, innovation. – Enquêtes filmées/Voyages d’études et essais : « Sur les traces de Gérard Toffin», (Nepal, 2010); « Sur la route de Lionel Magal (Fox)», (Himalaya, 2013); « Le tourisme expérimental » (avec l’artiste Rafael Gray, Kerala 2016) « Sur les traces d’Alexandra David Neel » (Chine, Tibet, été 2019) ; « Sur les traces de Mead/Bateson, village Bayunggede », Bali, avril 2019 ; « Save Soil », Isha Fondation, Inde, février 2020, « L’architecture trouvée » de Cesar Manrique, Lanzarote, avril 2023, « L’art du paysage : Les îles » (2011-2023) – Ecriture des articles de voyage pour l’ouvrage « Art & nature » et leur édition sur le blog barbara2olszewska.com (depuis 2016) – Montage des vidéos et des photos des artistes et des voyages – Demande d’aide à l’écriture du scénario de documentaire auprès de CNC sur le cinéaste Jean-Marie Straub au travail (déposée) |
Présentation:
Appréhendées dans une perspective personnelle et documentées sur un blog (« Art et nature : Film comme expérience »), mes recherches actuelles portent sur l’étude des circonstances favorables à l’émergence de l’expérience esthétique (dans le prolongement du projet « L’ordinaire et sa transformation esthétique. Approche filmique des pratiques artistiques ‘alternatives’ », accueil au CNRS 2013-2016). Elles explorent la complexité de liens entre l’art, l’interaction sociale et l’environnement, illustrées par une écriture entremêlant la description philosophique, la vidéo et l’auto-fiction. Ces investigations à la croisée de l’art et de la recherche questionnent les conditions d’émergence d’une expérience esthétique et le rôle constitutif des dispositifs techniques d’enregistrement des moments esthétiques au sein de l’ordinaire, formes de leur description et de leur archivage dans le cadre des recherches en SHS.
Mes réflexions se fondent principalement sur des interactions filmées avec des artistes, mais aussi sur toute rencontre ou événement propice à une transformation esthétique, cf. la série d’articles accompagnée de vidéos : série 1 : « Les portraits d’artistes », série 2 : « Cinémas différents. Du film au texte », série 3 : « Le journal des voyages », (en cours).
Dans le cadre de la rédaction de ce dernier ouvrage, je me focalise particulièrement sur des liens entre l’art et la nature (cf. le projet sur les voyages d’études), menant une enquête sur les formes d’art écologique, le tourisme, les paysages, les vestiges culturels, les architectures et les différentes formes de vie (artistiques, spirituelles), observées et expérimentées dans divers lieux culturels à travers le monde.
(Voir mission de recherche menée auprès de la Fondation Cesar Manrique à Lanzarote et Gran Canaria (2022/23) sur l’architecture et écologie de César Manrique ; le projet consacré à l’art du paysage sur l’île de Rhodes en collaboration avec l’Agence Consulaire de France, l’expérience de projection des films de Gregory Markopoulos (Temenos 2016/2022, Lyssaraia, Grèce) impliquant le concept original du cinéma dans la nature ; la participation aux « Mahashivaratri », expériences de méditation et de projets de « l’ingénierie intérieure », « Save Soil » initiés par le yogi indien Sadhguru à Isha Fondation (Coimbatore, Inde, 2020).
PROJETS DE RECHERCHE/CONTRATS/RESPONSABILITES ADMINISTRATIVES
Résumé : Depuis la fin de ma thèse en 2001, (intitulée « Habitudes et résolution de problèmes en situation d’apprentissage »), j’ai participé au développement de nombreux projets de recherche en collaboration avec les chercheurs du Costech, mais également des chercheurs issus d’autres laboratoires : Centre d’Etude des Mouvements Sociaux (Institut Marcel Mauss), Université d’Amiens (Curapp), Université de Manchester (département de sociologie), RGGU de Moscou. J’ai exposé à plusieurs reprises mes études dans le cadre du séminaire intitulé « De l’ethnographie aux ethnométhodes. L’ethnométhodologie et l’analyse de l’ordre social situé » que j’ai coordonné avec Michel Barthélémy, Baudouin Dupret et Julia Velkovska à l’Ecole des Hautes Etudes, au CEMS/IMM, Paris, http://cems.ehess.fr/) ou dans le cadre du séminaire initié par les philosophes Christiane Chauviré et Sandra Laugier « Mental et social » à la Sorbonne. J’ai été également responsable du projet de recherche « Apprentissage et Sens Commun » (http://projetasc.free.fr), en collaboration avec S. Laugier, projet commun entre les membres de deux laboratoires, Costech de l’Université de Technologie et Curapp de l’Université de Picardie Jules Verne (2006-2009). Dans le cadre de ce projet nous avons organisé de nombreuses conférences, journées d’étude, cf. notamment la journée « La perception des valeurs » (avec Paola Marrati, Daniel Cefaïl, François Sebbah, Sylvie Allouche, Sandra Laugier), « Le féminisme et les technologies (sur Judith Buttler, Donna Haraway), colloque international « Law in action » (avec les sociologues Michael Lynch, Ken Libermann, Baudouin Dupret…) à l’ENS Cachan, le colloque international sur les données, un regard croisé des sociologues et des philosophes (Wes Sharrock, Lena Jayussi, Michel de Fornel, Albert Ogien, Christiane Chauviré, Sandra Laugier, Guillaume Garreta…) se concrétisant par la publication d’un ouvrage collectif « Les données de l’enquête », paru en 2010, que j’ai coordonné avec Michel Barthélémy et Sandra Laugier. J’ai participé également au projet régional « Technologies et Traces de l’Homme : des greffes de visage aux traces humaines numériques » (2012-2013, resp. F. Sebbah). Cela m’a permis de prolonger le travail sur la notion des données filmées et la visibilité des émotions en interaction, la réflexion entamée lors d’un CRTC de six mois sur le projet « Jugements moraux, émotions et données filmées ») à RGGU de Moscou (département d’anthropologie), consistant en particulier à interroger les théories du montage et les émotions dans le cinéma soviétique des années 20/30, (Eisenstein et Poudovkine) et d’évaluer leur impact sur la théorie de l’expérience en sociologie, à travers notamment ses reprises par E. Goffman). Les réflexions sur les différents moments de l’enquête scientifique (observation, enregistrement des données, résolution de problèmes et ses manifestations émotionnelles et esthétiques) me permettent d’interroger en même temps la question de l’interdisciplinarité et des différentes méthodologies développées au sein de chaque discipline. J’ai coordonné avec J. Valluy pendant deux ans le séminaire de recherche pluriannuel au sein du laboratoire Costech intitulé : « Méthodologies et réflexivité » visant à confronter les différentes approches de recueil et d’analyse de données soulignant les difficultés d’un dialogue lorsqu’il se veut transdisciplinaire. L’organisation pluridisciplinaire des travaux de recherche au sein du laboratoire Costech se prête en effet particulièrement bien à ce genre de réflexion.
PUBLICATIONS/ VALORISATION DE LA RECHERCHE / 2007– 2023
• 2016-2024 animatrice d’un Blog d’art et de recherche « Art & Nature. Film comme expérience »: barbara2olszewska.com, présentant chapitres d’ouvrages accompagnés de vidéos de rencontres avec les artistes et les voyages d’étude. Projets de films documentaires.
Projets d’ouvrages et de films (en cours)
• Olszewska B., « Art, Interaction sociale et Nature. L’enquête sur les expérience esthétiques»
A propos d’ouvrage /Introduction:
L’ouvrage est composé de trois parties :
- « Rencontres d’artistes » (série « artistes d’avant-garde »)
- « Cinéma différents. Du film au texte » (série « cinéastes expérimentaux »):
- « Nature, Art et Spiritualité (série « voyages », en cours):
Voir certains chapitres disponibles sur le blog : barbara2olszewska.com
L’ouvrage en série accompagné des vidéos disponibles sur YouTube, en réalisation continue depuis 2007, textes relus et complétés par les artistes. Les films en cours de montage.
• Olszewska B., « Les répétitions. Rendre étrange ce qui va de soi. A propos du travail de préparation des acteurs et mon expérience filmique pour les films « Un héritier » et « Inconsolable » par Jean-Marie Straub », 2010-2017, (texte et vidéos disponibles sur le blog « Je-vidéo » : barbara2olszewska.com et youtube/ albums photos sur picassa de gmail
Valorisation de la recherche : publications et conférences grand public
• Olszewska B., « Les répétitions. Rendre étrange ce qui va de soi » (accompagné d’un extrait du livre et d’un entretien filmé par Alain Wagner), la revue TK21, 2024.
• Projet de film documentaire avec le cinéaste Alain Wagner, préparation du dossier au CNC pour le documentaire à propos de l’expérience filmique du travail de cinéaste Jean-Marie Straub:
ENQUETES FILMEES ET ECRITURES
Blog « Art et Nature : Film comme expérience : https://barbara2olszewska.com
2007-2023: INVENTAIRE NUMERIQUE
Vidéos et films en édition continue (cf. Tableau numérique/Inventaire)
2012-2024
2022/2023/2024 : mission de recherche auprès de la Fondation Cesar Manrique, Lanzarote
2023 : film de la conférence sur land art et avant-gardes organisé par Frank Ancel, Quincave/librairie A Balzac et A Rodin, Paris
2021/2022 : film des artistes à la résidence d’art à l’Auberge de France, l’île de Rhodes
2016/2022 : séjours à Lyssaraia (expérience de projection de films de Gregory Markopoulos (« Temenos », organisé par R. Beavers)
2020 : « Save Soil » et programme d’ingénierie intérieure à Isha Foundation, yoga (Coimbatore, Inde)
2019 : film de défilé de mode de Ben Vautier, dans le cadre de l’exposition « La vie est un film », invitée par Eva Vautier, Nice
2019 : film de l’exposition Fluxus curaté par Caterina Gualco, La Fondation de doute, Blois
2019 : voyage sur les traces d’Alexandra David-Nèel Chine/Tibet
2019: rencontre filmée avec Rita Gombrowicz, librairie Petite Lumière
2019: sur les traces de Gregory Bateson et Margaret Mead à Bali
2018: film de l’exposition de Rafael Gray à la Galerie du Jour, Agnès b.
2018: méditation vipassana (Sri Lanka)
2014/23: voyage sur les traces de Lawrence Durrell et Henry Miller (Grèce, films des artistes, paysages des îles grecques et de Penopolèse)
2018: rencontres des artistes cambodgiens (galerie de Mok Rhota à Batanbang, visite de sites du tournage du film), film des prisonniers, survivants de SC21 à Phnom Penh)
2017: Film de l’artiste Pierre Cordier et de cinéaste Boris Lehmann (Bruxelles)
2017: paysages de Chili/Argentine (Patagonie, Ushuaia, Atacama, L’île de Pacques, maisons de Garcia Lorca…)
2016 : Voyage en Corée, film des artistes américains et coréens (invitée par Pip Chodorov)
2016 : Villages d’Atlas (Maroc) avec Vincent Henry, le fondateur de « Boîte à Bulles », film des musiciens à Oasis Fint
2015 : Biennale de Venise (film de Jonas Mekas, de Boris Lehman et de Giuseppe Zevola, …)
2015 : musiciens et sites du Maroc, séjours à Rabat (invité au laboratoire SHS, dir Baudoin Dupret)
2016 : Kerala (l’Inde) avec street artiste et photographe Rafael Gray (film & performances)
2014 : L’Inde ( temples, artiste Pedro Chorao à Goa, musiciens : Baba Jo le Corbeau, Michel et Rossi Besset, Daniel Anaconda à Gokarna )
2014 : rencontres filmées avec des sociologues et des artistes japonais (Ossaka, Kyoto, Tokyo, invitée par la sociologue Anne Gognon)
2014 : séjours à Pont Avent (film de l’artiste della Pinta Carmelo)
2014 : résidence à Naples (association d’art « Locus Solus », film de Nathalie Heidsieck de Saint Phalle, Giuseppe Zevola, artistes de l’association et historiens d’art )
2013 : sur les traces de musicien Lionel Magal dans Himalaya (Inde, Nagar, vallée Spiti…) guidée par Foxx
2013 : rencontres filmées des artistes new-yorkais (vite et film des cinéastes à Anthology Film Archive)
2012 : Voyage au Japon (film de cinéaste Takahito Limura, peintres Noguci, …)
2012 : Vence, film du sculpteur Jim Ritchie (invitée par l’artiste)
2010 : sur les traces de l’anthropologue Gerard Toffin au Népal (temples, Annapurna, guidée par Gérard Toffin)
2009 : voyage à bord de Transsibérien (de Moscou à Vladivostok) : film des habitants en lutte et des historiens
2009/2010 : Moscou (film des historiens et des artistes, Biennale de Moscou avec Pierre Salgas, Blanche, conférence de Benjamin Stora, rencontres avec : Claude Lanzmann, Emanuel Carrère, Natacha Smolianska, Guillaume Garreta)
2008 : film de philosophe Richard Schusterman et de la chorégraphe Myriam Gourfink (Abbaye de Royaumont)
2008: film de la préparation et de la performance de la pièce « Contraindre » par la chorégraphe et danseuse Myriam Gourfink ( musique et performance Kasper Toeplitz), Paris/Nantes
2007: visite filmée chez Sophie Calle, lors de la préparation du projet « Prenez soin de vous »
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2007-2023 « Paris mon Paris à moi«
Rencontres filmées : expositions/galeries/rencontres avec des chercheurs et artistes au sujet de l’expérience esthétique
Les expositions/projections de films à la galerie Au: Revoir, promenades et discussions filmées avec le cinéaste Pip Chodorov; promenades filmés avec le cinéaste Boris Lehman; rencontre avec Barbara Hammer (Paris/New York); promenades dans Paris avec le cinéaste Jaap Pieters; avec la cinéaste Gabrielle Reiner au Collectif du Jeune Cinéma Différent; concerts et rencontres festives des critiques d’art, musiciens et compositeurs à l’occasion de la venue du compositeur et cinéaste expérimental Phill Niblock ( Centre Pompidou, loft à NEw York), l’exposition « Beat generation » et promenades avec Christian Xatrec; la performance sur le tapis volant de Richard Piegza à Gennevilliers ; la Fiac avec Kevin Clark; promenades dans Paris et la performance de Mosner Ricardo à la Maison d’Argentine; restitution de l’eau de mer à Einzo Sakata, les discussions avec Sandra Laugier et Christiane Chauviré à propos d’esthétique, de philosophie et d’écriture, les repas-discussions sociologiques avec Michel Barthélémy (correction des chapitres des livres), repas discussions avec la sociologue Anne Gognon, repas discussion sur Y. Goffman avec Y. Winkin, film d’expositions des artistes (Miller, Ben, Charles Dreyfus Pechkoff, ) à la galerie Lara Vinci, film de l’exposition d’Arnaud Label-Rojoux et J.J Lebel à la galerie Loevenbruck, reportage chez Nathalie Serroussi (exposition « La Femme invisible » : avec Esther Ferrer et Nathalie Heidsieck, Martial Raysse,…), rencontres des éditeurs, Gérard Berreby (édition « Allia », film de conférence sur l’ouvrage « Entretiens avec Kurt Vanegheim », préparation de son exposition sur la peinture); « Doc(k)s » et artistes sonores (Joël Hubaut, Julien Blaine, Jacques Demarcq, Patrice Cazalles, …) chez « Poesie is not Dead », poétes et éditeurs au « Marché de la poésie » à Saint Sulpice; discussions, promenades et conférences de l’historien d’art Gérard Georges Lemaire (conférence sur Kafka, exposition au Chat Noir, conférence sur B. Gysin, conférence au Café de Flore à propos de son livre « Les Cafés Littéraires »); exposition de Jean Dupuy à la galerie Loevenbruck, voyage à Ivry (Art & Technologies) pour voir sa pièce « Le coeur bat la poussière »; discussion avec Gill Nadeau / Laure de Lestrange, Daniel Mallerin, Nicole Dagnino, Annie Le Brun, à propos du surréalisme, peintures de Charles Duits, littérature et le payotl; promenades psychadéclicks avec Lionel Magal & co.; discussion sur la photographie ancienne et le voyage avec le photographe Pierre Amboise Pierson au musé Albert Khan (exposition sur le Japon), repas avec Pierre Enragé, Coco le surréaliste (visite de son atelier) et Gérard Berréby à propos de son exposition, livres, conférences et poésies; regards croisés-vidéographié d’Esther Ferrer dans festival Extra ! à Beaubourg et la visite de Christo-Tour Eiffel avec Nathalie Heidsieck de Saint Phalle et le repas avec des artistes et collectionneurs Fluxus; reportage filmé de l’anniversaire de la revue « Inter » à la librairie « A Balzac et A Rodin »; films des performances chez Gabriella Silva Béju, performances de Michel Giroud, Charles Dreyfuss Pechkoff et de Lionel Magal (exposition Impressionnistes, cafés, restaurant tibétain); film des musiciens à Radio France (avec Lionel Magal, Constantin Leu, …); film au « Cirque Electric » (avec Tap Man, Lionel Magal, Lyonel Kouro,…); film et performance, dans un garage, installation de Frederick Acquaviva et de Laure Lixemberg, l’entretien filmé de Damien Dion sur le Lettrisme, discussion avec François Poyet, Frédéric Acquaviva, Damien Dion et le gendre de Maurice Lemaître lors de l’exposition sur Maurice Lemaitre; le repas Fluxus avec Orlan, Ben, Giraud, Charles et Antigone Dreyfus; film de l’exposition et de concert de Charlemagne Palestine au Mahj; reportage photographique de l’exposition « A toi de faire, ma mignonne » de Sophie Calle (Musée Picasso), … (cf. Tableau-inventaire des films)
PUBLICATIONS 1998-2016
Ouvrages et direction d’ouvrages
• Olszewska B., Barthélémy M. & S. Laugier (eds.), Les données de l’enquête, Paris, PUF,
2010.
Contributions à des ouvrages collectifs
• Olszewska, B., « Les adolescents meurent à 18 ans : Buffy et rite de passage à l’âge adulte», Allouche S., Laugier S. (eds.), Philoséries : Buffy, tueuse de Vampires, Bragelone, 2014, p.81-p.117.
• Olszewska B., « La sociologie cinématographiée d’Erving Goffman », D. Cefaï & L.Perreau (eds.), Erving Goffman et l’ordre de l’interaction, Amiens-Paris, CURAPP-CEMS, 2012, p.299-322.
• Olszewska B., Barthélémy M. & M. Dupont, « La production interactionnelle de l’espace chorégraphique : le corps comme donnée et outil », in B. Olszewska, M. Barthélémy & M. Dupont (eds), Les données de l’enquête, Paris, PUF, 2010.
• Olszewska B. & L. Quéré, « Erreurs pratiques, fautes et incongruités », in Ch. Chauviré, A.Ogien & L. Quéré (dir.), Dynamiques de l’erreur, Paris, Editions de l’EHESS (« Raisons Pratiques », 19), 2009, pp.167-205.
• Olszewska B, « Réfléchir avec les yeux et avec les mains. Les routines et la résolution de problème », Ch. Chauviré & A. Ogien (dir.), La régularité. Habitude, disposition et savoir-faire dans l’explication de l’action, Paris, Editions de l’EHESS (« Raisons Pratiques », 13), 2002, p. 235-265.
https://books.openedition.org/editionsehess/11017?lang=fr
Articles
• Olszewska B., « Les répétitions. Rendre étrange ce qui va de soi », (accompagné d’entretien filmé), à paraître en 2024, la revue TK-21 .
• Olszewska B., « L’esprit dans la danse. Technique du corps et chorégraphie mentale », Lieux de l’esprit, Garreta G., Guillot P. (eds.), Intellectica, 2012/1, n°57-1, pp.219-259.
• Olszewska B., « D’une rupture sentimentale vers une rupture technologique ? », In Sophie Calle (ed.), Prenez soin de vous, Actes Sud, 2007.
• Olszewska B., « Les systèmes d’aide. Entre l’expertise et sens commun», Intellectica, 2006/2, 44, p.159-196.
https://www.persee.fr/doc/intel_0769-4113_2006_num_44_2_1296
• Olszewska B, « Sincronizzazione delle attività e produzione di un collettivo », in Discipline Filosofiche, XV, I : La svolta pratica in filosofia Vol.2 Dalla filosofia pratica alla pratica filosofica, 2005, p. 275-306.
• Olszewska B & M. Relieu, « La matérialisation d’Internet dans l’espace domestique : une approche située de la vie domestique », Réseaux, 2004, p. 119-148.
• Olszewska B, « Se faire aider mais comment ? L’émergence des cadres co-opératifs en classe », Communication et Langages, 2004, p. 83-96.
• Olszewska B, « Vers l’usage des approches intégratives », Recherches Qualitatives, 1999, vol. 20, p.73-85.
• Olszewska B, « Pour une définition des dispositifs multimédia, à l’aide du paradigme situationnaliste », publié dans les Actes du Congrès du 11ème Congrès National des Sciences de l’Information et de la Communication, Médiations Sociales, Systèmes d’Information et Réseaux de communication, 3-4-5 décembre, Université de Metz.
COMMUNICATIONS/ WORKING PAPERS/ CONFERENCES INVITEES DANS DES COLLOQUES NATIONAUX/INTERNATIONAUX
• Olszewska B., « Film editing as experience: video art and its tricky montage », conference invitée dans le cadre du Workshop International, « Ways of seeing : montages: film, video art, and critical aesthetics, historical and philosophical approaches », Istituto Svizzero di Roma, Rome, 16-17 juin 2016.
• Olszewska B., « L’ordinaire en images, du donné à l’expérience », conférence dans le cadre du colloque « L’ordinaire comme concept », organisé par le Centre de Philosophie Contemporaine de la Sorbonne (ISJPS, Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Centre Sorbonne, 4 juin 2016.
• Olszewska B., « Film comme expérience », matinée d’études, « Le pouvoir des images sur l’ordinaire », Institut Marcel Mauss/CEMS avec le soutien du Programme ANR « Pouvoir des Arts », 6 décembre 2013.
Olszewska B., « L’approche cinématographique des “realms of being”, de Poudovkine à Goffman», journée d’étude Goffman et l’ordre d’interaction. Organisation : D. Cefaïl, S. Laugier, L.Perreau, Curapp, Amiens, 28-30 janvier 2009.
• Olszewska B., (2009), « Les adolescents meurent à 18 ans : Buffy et le rite de passage à l’âge adulte », journée d’étude Buffy: tueuse de vampires, organisée par Marc Cerisuelo, Barbara Olszewska, Sandra Laugier, dans le cadre du séminaire « Perception des Valeurs », programme régional ASC à l’IMI-Paris, Curapp-Costech, 26 juin.
• Olszewska B., Barthélémy M., (2008), « Négociations autour de l’usage du vernis à ongles : école, famille et normes », Journée d’étude « La perception des valeurs » organisée par B. Olszewska et F. Sebbah, Université de Technologie de Compiègne, Paris, 27 juin. (Working paper déposé sur le site du CEMS en août 2015)
• Olszewska B., (2007) « D’une rupture sentimentale vers une rupture technologique ? », texte publié dans Sophie Calle, Prenez soin de vous, Actes Sud (ed.), catalogue de l’exposition de la Biennale de Venise.
• Olszewska B., Barthélémy M., Dupont M., (2007), « La production interactionnelle de l’espace chorégraphique: le corps comme donnée et outil », colloque international Les données de l’enquête, Compiègne, UTC, 21-23 novembre.
• Olszewska B., Garreta G., (2008), « Sémiotique et pratique de la danse : la production située du sens chorégraphique », XVIIIème congrès AISLF, Istanbul, 7-11 juillet.
• Olszewska B., (2008), « Les pouvoirs des mots chez Bourdieu et Wittgenstein. Une approche ethnométhodologique. » Colloque : Théories de la pratique. Bourdieu et l’idée de sociologie critique, UPJV, Curapp, Amiens, 6-7 février.
• Olszewska B., (2009), « L’esprit dans la danse. Technique du corps et chorégraphie mentale », Colloque : Les lieux de l’esprit, 4-6 juin 2009, Collège International de Philosophie (CIPh), Organisation : Guillaume Garreta, Pascale Gillot, Pascal Séverac.
• Olszewska B., (2007), « An inquiry into motivated action » 5th Interdisciplinary Conference on Communication, Medicine & Ethics (COMET), Université de Lugano (Suisse), 28-30 Juin.
• Olszewska B., (2011), « La théorie de la valuation de J. Dewey. A partir d’analyse des échanges sur un site de rencontres ». Journée d’étude internationale : John Dewey: Approches pragmatiques de la normativité, l’Université Paris I Sorbonne, Organisation : S. Laugier, M. Girel, R. Frega, 13 et 14 mai.
• Olszewska B., (2009), « La logique de l’enquête de John Dewey : quelques implications pour les recherches en sciences sociales », dans le cadre du séminaire Enquête, UPJV, Curapp, Amiens, 9 janvier.
• Olszewska B., (2007), « Vouloir dire et montrer ce que l’on veut. Les mythes de l’intériorité au quotidien », Journée d’étude Geste, motif, action, Université Paris 1 Sorbonne, Execo, Organisation : Ch. Chauviré, S. Laugier, 28 avril.
• Olszewska B., (2004), « Confiance et méfiance dans les échanges de résolution de problèmes. Le cas des appels d’usagers d’Internet à une hotline », séminaire sur l’action située dir. par Louis Quéré et M. de Fornel, Ecole des Hautes Etudes, CEMS.
• Olszewska B., (2003), (avec M. Relieu, FTR&D, DIH/UCE), « Doing it again » : The temporal embededness of instructional sequences in HCI, communication » à International Institute for Ethnomethodology and Conversation Analysis: Producing Local Order, Manchester, U.K., 2-4 Juillet.
• Olszewska B., (2003), « L’individualisation sociale des artefacts. La perception comme fonction dans l’activité », colloque interdisciplinaire sur la cognition Espace d’action, espace de perception, UTC, 21-29 janvier, dans le cadre du programme Erasmus PHITECO (Philosophie, Technologie, Cognition), Compiègne.
• Olszewska B., (2002), « L’analyse ethnométhodologique des difficultés du guidage téléphonique de l’interaction homme-machine », communication (avec M. Relieu, FTR&D, DIH/UCE) au colloque Devenir ergonomique de la relation d’aide, 12-13 décembre, ESPCI, Paris.
• Olszewska B., (2002), « Les multi-supports en action », communication au séminaire du réseau Systèmes d’Aide Opératoire, 26 septembre ESPCI, Paris.
Présentation Power Point : http://www.utc.fr/reseau-aide
• Olszewska B., (2001), « L’émergence des routines pour la résolution coopérative du problème » communication au séminaire sur les dispositions et l’action située, animé par L. Quéré et A. Ogien, 26 février, CEMS, Paris.
• Olszewska B., (2000), « Fractionner une ligne : une coordination pratique des ressources environnementales » communication au séminaire du CERIC, Montpellier.
• Olszewska B., (1999), « Difficulté d’usage des méthodes qualitatives dans un environnement quantitatif », communication au Colloque organisé par l’Association pour la recherche qualitative – Sherbrooke, octobre 1999.
• Olszewska B., (1998), « Pour une définition des dispositifs multimédia, à l’aide du paradigme situationnaliste », communication au 11ème Congrès Inforcom – Université de Metz décembre 1998.
ENSEIGNEMENTS 1998-2023 (Résumé)
2016-2024
UV AR 03 Art et société (cours annuel, 1hC/2hTD, mardi 09h00-12h15, tous les niveaux)
2012-2024
UV SC23 : Interaction sociale et usages du numérique (cours annuel, 1hC/2hTD, mardi 13h15-16h15, tous les niveaux)
2001-2012
UV SC22 : Sociologie cognitive, lien social et techniques (cours annuel, 1hC/2hTD, jeudi, 13h15-16h15 tous les niveaux)
UX02 : Design et analyse des situations (cours de master, 8hC/16hTD, vendredi 13h15-16h15)
2004-2012
UV SC23 : Analyse des usages des NTIC (tous les niveaux, cours annuel, 1hC/2hTD)
2006 -2008
RT 14 Analyse de l’activité (formation continue, cours à distance : master DICIT, cours semestriel, 1hC/2hTD)
2004-2005
SI 27 Technologies de la communication et société. Approches du travail comme activité, (cours annuel, 1hC/2hTD)
SH23/ SC 23 Méthodes d’observation et d’analyse des activités et des pratiques (cours à distance, Master DICIT/ETC) SH 01 Co-responsable de l’Atelier collectif : Master « Ergonomie des Technologies Cognitives ».
1998-2001
Introduction aux théories de la communication (Monitorat, Université Paul Valéry, Montpellier III)
PROJETS DE RECHERCHE
2013-2016 : Accueil en délégation au CEMS-IMM/EHESS-CNRS
Projet : « L’ordinaire et sa transformation esthétique. Approche filmique des pratiques artistiques ‘alternatives’ »
2012-2014 : Participation aux projets:
• projet régional « Technologies et Traces de l’Homme » (UTC)
• projet ANR « Les pouvoirs des arts » : http://www.pouvoir-des-arts.fr/
2006-2009 : Gestion de projet :
• projet régional (Costech/Curapp), Apprentissage et Sens Commun, responsable Olszewska (UTC-Costech), Laugier (UPJV-Curapp), http://www.utc.fr/asc/
• encadrement dans le cadre de ce projet d’un post-doctorant et de 3 stagiaires, un ingénieur de l’ENST, deux étudiants en master)
2004-2010 : Responsabilités administratives :
Membre de la Commission de Spécialistes (sections 5, 7, 71, 72,…), Université de Compiègne, Costech.
RAPPORTS DE RECHERCHE
• Rapport du projet régional « Apprentissage et Sens Commun », 2007-2010.
• Rapport à l’issue du congés de recherche (CRTC) de six mois à Moscou, le projet : « Jugements moraux, émotions et données filmées. Les aspects sociologiques du montage et la théorie des émotions dans le cinéma russe des années 20/30 (Eisenstein, Poudovkine, Dovjenko, Vertov…) et leurs reprises par la théorie sociologique (« Cadres de l’expérience », E. Goffman), 2010.
• « L’apprentissage du multimédia et le recours à différentes formes d’assistance », FTR&D, DIH/UCE, 2005.
ORGANISATION DES SEMINAIRES (choix)
2012-2014
« De l’ethnographie aux ethnométhodes. L’ethnométhodologie et l’analyse de l’ordre social situé » (EHESS, CEMS/IMM, Paris) : http://cems.ehess.fr/document.php?id=2317
2010-2013
Séminaire annuel « Méthodologies et réflexivité » (COSTECH, UTC).
2012-2013
Ethnométhodologie : descriptibilité et ordre social (EHESS, CEMS-IMM, Paris)
ORGANISATION DE COLLOQUES INTERNATIONAUX / JOURNEES D’ETUDE
• « Le pouvoir des images sur l’ordinaire », matinée d’étude, Organisation B. Olszewska, en délégation à Institut Marcel Mauss/CEMS, journée organisée avec le soutien du Programme ANR « Pouvoir des Arts », 6 décembre 2013. Intervenants : Sandra Laugier (philosophe, professeure à l’université Paris 1), Sylvie Allouche (Attachée Temporaire d’Enseignement et de Recherche à l’Université de Technologie de Troyes (CREIDD), Anne Gognon (sociologue chercheuse à l’Université de Doshisha à Kyoto).
http://cems.ehess.fr/index.php?3070
• « Law in action », Colloque international sur l’étude praxéologique du droit. Organisation scientifique: B. Dupret (CNRS/ISP), B. Olszewska (UTC-Costech), ENS-CACHAN, 1-3 juillet 2009.
• « Les données de l’enquête », Colloque international, Organisation scientifique : B. Olszewska, (UTC-Costech), M. Barthélémy (CNRS-IMM), S. Laugier (UPJV-CURAPP), Université de Technologie de Compiègne, 21-23 novembre 2007.
• « La perception des valeurs », Journées d’études, Organisation : B. Olszewska, F. Sebbah et S. Laugier, dans le cadre du projet régional ASC, Apprentissage et Sens Commun, à l’IMI-Paris, mai 2009.
• « Observer et décrire le réel. Pratiques et catégorisations », Séminaire annuel, Organisation B. Olszewska, M. Dupont, l’UTC, Compiègne, 2007.
• « Buffy tueuse de vampires », Journées d’études, Organisation S. Laugier, B. Olszewska, M. Cerisuelo, Cité Universitaire, Paris, 26 juin 2009.
« Technologies et féminisme », Journée d’étude, Organisation : B. Olszewska, F. Sebbah, UTC-Paris, 12 juin 2009.
• « THE WIRE » Journée d’étude : Enjeux esthétiques, moraux, politiques d’une série américaine, 22 mai 2009, UTC-Paris (avec Sandra Laugier, professeur à Paris 1 Sorbonne, Paula Marrati, professeur à John Hopkins University).
ACTIVITES PROFESSIONNELLES/STAGES
2001-2003 CDD Attachée de Recherche à la Maison des Sciences
de l’Homme/laboratoire DIH/UCE de France Telecom
1998 CDD dans l’entreprise C Puissance 3 Informatique (1 an)
Conception, réalisation et évaluation de CD-ROM éducatifs
1997 stage au Laboratoire Projets Industriels à l’EERIE
(Ecole d’ingénieurs à Nîmes), (6 mois)
1992 -1996 Stagiaire à Radio France Hérault et à radio Clapas (Montpellier),
CDD serveuse à mi-temps au bar des Halles (Montpellier)
1991 : vendanges, la Montagne Noire, Saint-Pons Maxence
1995 : actrice au théâtre « Drewniana Kurtyna » (Zary, Pologne)