Mois : janvier 2021
Protégé : LES FRAGMENTS DE BEAUTE AVEC JONAS MEKAS
Protégé : Film comme expérience
Protégé : L’apprentissage de l’art-vie avec Jean Dupuy
L’Inde sur les traces du Renard : les promenades nocturnes avec Lionel Magal (FOX)
19 décembre, un nouveau jour de mon anniversaire, ça me fait déjà quarante-deux ans, la vie passe comme on dit… Fox est là heureusement pour s’occuper de son livre-film à lui et il le projette sur un grand écran. Et des formidables souvenirs de mon voyage himalayen, Taboo monastère, Nagar, AUM, la forêt et autres hippies musicaux psychédéliques se font rappeler à ma mémoire intensifiée par l’endroit magique, la Film Factory, où se trouvait, paraît-il, le studio de Charlie Chaplin. Le film de Fox que je vois pour la première fois en entier, makes sense, dans son non-sens. Un sens politique d’une pensée/pratique de vie « révolutionnaire » révolue et d’une idée utopique ??? Peace and love d’une période revivifiante en tout cas, les années 70, rappelées par le regard singulier d’un Fox enchanteur aux visages et costumes démultipliés, inchangé, l’enfant terrible dévoilant les fragments d’un monde à conscience modifiée, le monde qu’il a approché furtivement avec sa caméra, entre un iguane et un autre, dans une forêt amazonienne encore vierge ou presque. Les images se brouillent, la musique résonne et se démultiplie en cercles, de voyage en voyage. Le LSD et la marihuana, la traversée de l’Europe, puis de l’Asie centrale, on est en Inde du Sud à Goa et on va vers Katmandou via l’Himalaya sur les traces de Timothy Larry qui a déjà fait cette route. L’anthropologie du monde contemporain diversifié, superposé, mélangé, coloré. Mais, c’est du post Rouch rituals ! Et Rouch est d’ailleurs là, dans des images, Fox et lui, bras dessus bras dessous, marchant le long d’un couloir. Que se racontent si intimement ces deux là ? On assiste aux conversations intimes, le film dans le film, Fox racontant ses aventures aux autres. On aperçoit Fox curieux et maladroit tout aussi bien avec des inconnus qu’avec des personnalités dont il s’entoure lui aussi, le vieux procédé, pour augmenter la valeur marchande de son book-film : des enfants d’Himalaya, des baba, Dalai Lama, Wavy Gravy, Frog Farm, La Montée Young, Yoko Ono, Agnès b., Jonas Mekas, Nico… captés furtivement, comme au passage, dans un parcours de vie foisonnante, des fragments-souvenirs d’une expérience valant la peine d’être « documentée »… Un filmeur, un personnage mekasien, un medium dévoilant une à une des ambiances hippies. Et j’oublie l’essentiel : d’un musicien, car Fox avait bel et bien un groupe fondé avec son frère, Crium Delirium. Un groupe de musique tout aussi délirant que le film. En tout cas, ce film est bien fait. Le monteur part d’une expérience personnelle, sans coq ni âne pour lui, une expérience filmée dans un laps de temps long, une vie qu’il voit se dessiner par fragments et il arrive à en dégager la forme et le sens historique en tout cas. Une heure et trente minutes, pas mal.
Me voilà tranquillisée, en me disant voilà au pire ce que je pourrais faire avec mes propres images. Un film psycho-déclic ! Enfin, un psycho-déclic nouveau genre. Le genre de miaou, comme m’a appelé tout récemment X. Car moi aussi je vis, un nouveau voyage m’attend. Deux jours encore. Je me suis décidée enfin de me lever de ma chaise et de quitter mes textes images. Un ami m’a mise en contact avec de nouveaux artistes atypiques, en Inde cette fois-ci. Je me demande où emprunter de l’argent pour ne pas devoir les compter en route….Mauvaise je suis dans les comptes… Le pendule peut-être m’aidera à résoudre ce problème !
La perception scientifique versus la perception esthétique
Du chapitre « La perception esthétique et la genèse des formes » de Hadot [i], je retiens quelques mots, citations phrases mystérieuses, car l’écriture de Hadot est passionnante dans son art de la composition. J’aime par exemple l’idée venue des arts de devoir prêter attention aux formes ondulatoires, car elles produisent un effet de grâce, le serpentement comme le dit joliment Léonard de Vinci. J’aime la remarque de Panofsky sur le fait que pour voir une statue il faut tourner autour d’elle, j’aime l’expression poétique de Cézanne « l’obsession cosmique qui nous dévore » et celle de Carl Gustav Carus : « la nature mystérieuse en plein jour ». Une citation encore portant sur l’état inspiré dans lequel se trouve le peintre en peignant, un mélange que Hadot emprunte à Klee et à Cézanne: « Le peintre peut peindre dans un état où il éprouve son unité profonde avec la terre et avec l’univers. Il ne s’agit plus, cette fois, de découvrir un secret de fabrication, mais de vivre une expérience d’identification avec le mouvement créateur de formes, avec la physis au sens originel du mot, de s’abandonner au « torrent du monde », selon l’expression de Cézanne »[ii] On trouve encore dans ce chapitre celle du Jeune Werther de Goethe : « quand les vapeurs de la vallée s’élèvent devant moi, que le soleil lance d’aplomb ses feux sur l’impénétrable voûte de mon obscure forêt, et que seulement quelques rayons épars se glissent au fond du sanctuaire ; que, couché sur la terre dans les hautes herbes, près d’un ruisseau, je découvre dans l’épaisseur du gazon mille petites plantes inconnues ; que mon cœur sent de plus près l’existence de ce petit monde qui fourmille parmi les herbes, de cette multitude innombrable de vermisseaux et de moucherons de toutes les formes ; que je sens la présence du Tout-Puissant qui nous a créés à son image et le souffle du Tout-Aimant, qui nous porte et nous soutient, flottants sur une mer d’éternels délices (…) alors je soupire et m’écrie en moi-même : Ah ! Si tu pouvais exhaler et fixer sur le papier cette vie qui coule en toi avec tant d’abondance et de chaleur ! »[iii].
Le peintre perçoit la nature avec son corps tout entier, écrit Merleau-Ponty dans son essai sur la peinture « L’œil et l’Esprit »[iv]. Il la voit par et à travers le corps devenu émotionnel. La vision de la nature est relative au mouvement du corps. Le déplacement est relatif au paysage qui est le mien et que je vois devant moi ou du coin de l’œil. La vision se déroule donc dans un système corps-paysage-déplacement dans lequel les yeux « découpent » en se mouvant une portion visible. « Le monde visible et celui de mes projets moteurs sont des parties totales du même être ». C’est du rapport émergent, co-constitutif du monde et du voir dont il s’agit, la perception comme procès, comme action, pour reprendre la pensée bergsonienne. Voir, dit Merleau-Ponty, ce n’est pas s’approprier un monde extérieur déjà constitué, c’est le constituer en s’en rapprochant en le regardant. Et c’est aussi, réflexivement se constituer d’une certaine manière comme un corps visible. D’autre part, cette opération « physique » des yeux et du corps mouvant empêche de voir le paysage comme une projection subjective d’un être contemplatif.
« Mon mouvement n’est pas une décision d’esprit. Il est la suite naturelle et la maturation d’une vision. »[v]
Kalpa (Inde)
Que m’arrive-t-il donc dans cet endroit entouré de chaînes de montagnes majestueuses en changement permanent ? Ma tête et mon corps se contorsionnent sans cesse afin de tenter d’appréhender cet ensemble. Mais non, je n’y parviens pas. Cette grandeur me dépasse. Kalpa. 24/04/2014 : Tant de fois le chiffre 4 ! Comment décrire cette expérience fort émotionnelle après tant de temps, ne retenant que quelques images de ce paysage en face de moi ? Après Naggar et Manali, mon voyage indien se transforme, se fait plus calme, plus solitaire, plus réfléchi. Je suis restée deux jours plantée véritablement sur la terrasse de l’hôtel Regency à regarder la chaîne montagneuse déployée devant moi. A Kalpa le mont Kinner Kailash est dieu. J’ai eu là une véritable expérience esthétique au sens que lui donne Hadot et j’ai cru même découvrir les origines de la vie.
J’arrive sur la terrasse et je ne bouge plus, de peur que quelque chose de cette vue resplendissante m’échappe entre temps ou que la montagne se couvre. Je suis seule, bien que visible de part et d’autre de la vallée, et je commence là ma première contemplation. Une vue imprenable. La pureté de la neige, les pics de plus de six mille mètres comme taillés, des formes pluridimensionnelles impossibles à saisir, les couleurs changeantes, les ombres en déplacement, les dépôts de rayon de soleil tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre. Les lignes concaves, convexes… ces termes ne me disent rien. Je reste là jusqu’au soir. Deux sommets attirent mon attention. L’un pointu, l’autre tel le toit d’un petit temple arrondi. Qui sait, peut-être est-ce réellement un temple ?
Avec suffisamment de recul, oui, peut-être mon appareil aurait-il pu prendre les deux sommets en photo à la fois. Mais cela voudrait-il dire que je pourrais ensuite les voir ensemble ? L’appareil a un avantage sur moi. Il peut zoomer, moi pas. Je ne peux pas rapprocher mon œil du sommet comme il le fait (et là, hélas, pour mon Canon G12, pas assez, tout est flou). Le dessin, comme la peinture, m’engagent à détailler les formes, à les réduire, à mettre sur le papier les contours qui ressemblent à ceux que je vois sans les voir, juste à peine pour reproduire l’épaisseur des différentes montagnes. J’établis la connexion entre le paysage et mon corps, les yeux que j’ordonne dans un regard particulier, de gauche à droite, vers le premier sommet, vers le second, les ombres de la masse centrale. Il est difficile de peindre une montagne, mais peindre une chaîne qui m’entoure avec des sommets de 6000m qui retombent pour ainsi dire sur moi, c’est une tâche quasiment impossible. Et je ne parle que de la masse qui s’impose, même pas de la lumière et des couleurs et des nuages. Je ne suis pas sûre que dans ces moment-là on soit conscient de la visibilité de son corps propre en mouvement comme le suggère Merleau Ponty, il ne reste qu’un soi qui se constitue « par confusion, narcissisme, inhérence de celui qui voit à ce qu’il voit (…) un soi qui est pris entre les choses »[vi] Mais il est certain qu’une série de modifications se produisent dans le corps au moment de voir si émotionnellement, pendant tout cet acte de déplacement de la tête et du regard, face à cet environnement étonnant, imposant, et que le regard subjugué est envahi par des émotions d’une grande complexité, un afflux de pensées surgissent, des désirs de silence ou de cris, des sentiments d’humilité et de la petitesse de soi, l’attribution de l’intelligence à cet ensemble qui semble tout le contraire d’une masse inerte. Mon regard a-t-il le pouvoir de rendre cette montagne vivante ? Alors oui, c’est probablement ainsi que l’on a inventé dieu. Cette idée sur le commencement de la vie me vient soudainement à l’esprit lors d’une marche. Je me retrouve sur un sentier qui traverse les jardins fleuris des pommiers. Des fleurs bien roses, plus grandes que celles des cerisiers se trouvent sur les arbres. Les pommiers. L’Eden. Adam et Eve. Et me saisit d’une émotion soudaine devant un vieux pommier devant cette montagne. Une vue toute différente à chaque pas, me donne à voir un autre aspect de la montagne. Et je m’arrête, non pas ici ou là au hasard, mais devant cet arbre fleuri et je suis prise dans une extase à en pleurer et cette idée me vient à l’esprit. C’est ici que la vie a pris ses premières formes sur terre, elle est descendue des nuages avec la neige coulante sur des montagnes, elle s’est fondue dans la pierre, une réaction chimique s’est produite et la vie est tombée dans l’eau des ruisseaux au pied de cet arbre. Alors oui, je marche, en regardant bien et en m’arrêtant tous les dix pas pour voir comment ce paysage se transforme. Je cherche ainsi à l’apprivoiser, à me le rendre familier. A prendre distance des larmes qui coulent sur mon visage.
Comment expliquer cette sensation ? Cette impossibilité et cette envie de voir, de regarder encore et encore ? D’être là. D’avoir la sensation de ne rien y comprendre en même temps, d’en être transcendé, de ressentir tantôt la puissance tantôt l’impuissance, la joie et les larmes ? L’impression d’une union, d’une totale indépendance de la montagne par rapport à moi. Je réalise d’un coup que le monde me précède, que j’en fais une minuscule partie. Il se moque de ma présence ou de ma disparation, elle ne change rien à son être. Je prends oui conscience de l’existence du monde. Cela veut-il dire que, par ce regard, je me rends consciente à moi-même ? De quelle manière ce que j’ai vu, les modifications que cette série de visions changeantes ont produites sur mon corps, continuent à agir en moi ? Dans quelle mesure puis-je dire que le regard qui tente ainsi de délimiter le paysage me constitue en cohésion avec lui ? N’est-il pas, au contraire, question d’un regard glissant, passant, ou d’un regard analytique qui fait naître la pensée des formes, des aplats et des lumières ? Puis-je dire pour autant que mon corps, par cette vision, s’unit dans ce même acte de regarder à ce que je vois ? Car ce qui s’incruste en moi ce sont des objets proches, je suis sur un chemin et je dois contourner quelques arbres, y prêter attention comme malgré moi, toute orientée vers cet environnement autre qui se déploie à distance. Je suis focalisée sur ce paysage lointain que je ne peux pas toucher et qui se déploie tout autour de moi. Non, je ne vois rien de tout ce qui m’entoure immédiatement. Je suis donc d’emblée dans un espace d’ores et déjà divisé, découpé, hiérarchisé que je hiérarchise à mon tour en fonction de mon sentiment esthétique qui attribue de la priorité à la chaîne montagneuse et qui me fait oublier ce dans quoi je me meus, au point de me faire oublier la sensation de froid. L’oubli de l’environnement immédiat, comme celui dû à l’écriture et de l’inconfort dû à la position trop longtemps assise dans laquelle je me trouve à présent. Le monde entier, ce monde habituel dans lequel je vis pourrait disparaître complétement et ça n’aurait eu aucune importance dans ce moment privilégié de regarder ailleurs. Qu’y a-t-il au juste dans ce paysage qui me retient ainsi face à lui ? Sans pouvoir véritablement ni le filmer ni le prendre en photo, je tente de le dessiner. Le tracé que je m’efforce ainsi de produire pas à pas m’oblige à inspecter les détails. La courbe des sommets, les ombres, d’essayer de comprendre comment tout ceci se tient en ensemble.
Comme l’a bien repéré Merleau-Ponty : « ‘La nature est à l’intérieur’, disait Cézanne. Qualité, lumière, couleur, profondeur, qui sont là-bas devant nous, n’y sont que parce qu’elles éveillent un écho dans notre corps, parce qu’il leur fait accueil. Cet équivalent interne, cette formule charnelle de leur présence que les choses suscitent en moi, pourquoi à leur tour ne susciteraient-ils pas un tracé, visible encore, où tout autre regard retrouvera les motifs qui soutiennent son inspection du monde ? »[vii]
Puis je marche de l’autre côté et là, selon le soleil et selon l’état de la journée et selon ce qui se présente à moi comme une promenade agréable. Mais je suis tout aussi attirée par une direction que par l’autre, par une partie du paysage devant moi et devant les montagnes, par la végétation et les pommiers en fleurs qui transforment ces aspects imposants en des aspects doux. Et bien que j’aie déjà aperçu les mêmes sommets depuis la terrasse, je les vois tous très différents. Ma perspective a changé, ils ne sont plus du tout les mêmes. Je reviens sur la terrasse et je les regarde jusqu’à la tombée de la nuit, ne voulant rien perdre de ce paysage qui se transforme sous mes yeux.
« Tao means the way with no goal. Simply, the Way. The Way is beautiful: the way is full of flowers. And the Way becomes more and more beautiful as your consciousness becomes higher. The moment you have reached the peak, everything becomes so sweet, so ecstatic, that you suddenly realize that this is the place; this is home. You were unnecessarily running here and there. So cancel all tickets you have booked! There is nowhere to go. »[viii]
Oui, ça pourrait être la fin du livre. La fin du film est tout autre. Que fais-je là ? Comment c’est arrivé ?
La rencontre avec Lionel Magal (Fox)
Il me plaît de finir ce premier opus d’une série sur les artistes hybrides par la rencontre d’un personnage atypique, l’auteur d’un livre-film tout aussi atypique intitulé « Psykedeklik Road Book». Le mien n’est-il pas en effet un livre-film de ce genre ? N’y a-t-il pas là, à travers cette écriture en zigzags, la recherche d’un déclic ? L’écriture est comme une route. Une route qui n’a pas d’autre but qu’elle-même. Le sachant, l’idée de la fin n’en a pas non plus. La fin n’est qu’un commencement. Elle prépare d’ores et déjà un autre livre-film. Une autre route se profile à l’horizon. Alors je finis provisoirement, musicalement et joyeusement, cette première suite de rencontres et de voyages.
La rencontre avec Lionel Magal alias Fox, le renard. Le renard, car, comme il le dit lui-même, celui-ci arrive toujours à « emprunter » les filles des autres… Entend-il par-là que nous sommes toutes des poules ? C’est probable ! C’est une re-rencontre, car si le lecteur-spectateur s’en souvient encore, Fox était déjà l’un des personnages-clefs de la rencontre avec Jonas Mekas & gang.
Je contacte Fox sur les conseils de Pip (eh oui, encore lui, l’éminence grise de toute cette aventure) à propos de mon voyage en Inde. J’ai déjà pris mon billet pour Delhi. J’y vais un mois, mi-avril – mi-mai, me perdre à nouveau dans la nature, marcher, voir la montagne. Oui, l’Inde, je me sens enfin prête à affronter l’étrangeté indienne. Pas du tout à cause du yoga, ni à cause de la méditation, mais à cause des gens qui y sont et ceux d’ailleurs qui y sont allés et qui m’ont parlé de leurs expériences. A cause des temples bouddhistes/hindouistes, à cause de mon voyage dans l’Himalaya népalais, à cause de, et surtout, d’Alexandra David-Néel, bien évidemment. J’étais en effet en train de lire quelque chose sur je ne sais plus quel auteur, Takahito Limmura et son film Ma je crois bien, et je me suis mise à regarder une vidéo d’Alexandra David-Néel au sujet de la méditation, des miracles, des pouvoirs de guérison qu’une femme paralysée lui attribuait. Et elle, à cent ans déjà, en riait, elle racontait l’histoire d’une lettre dans laquelle cette dame lui demandait de la guérir. Alors A.D.N lui envoie une réponse gentille, lui dit d’essayer de faire un peu de sport etc. Et la dame lui répond, chère A.D.N. vous m’avez guérie, à réception de votre lettre je me suis levée et remise à marcher. La secrétaire qui assiste A.D.N. dans son travail lui dit, vous qui avez des rhumatismes, pourquoi donc ne vous guérissez pas vous-même. Et Alexandra répondit : ahhh… pour que la guérison soit complète, il faut y croire et moi je n’ai pas la foi ![ix] Elle, qui a parcouru l’Himalaya de long en large et en travers, qui a expérimenté toutes sortes de techniques de méditation, qui était reconnue par des lamas tibétains comme leur égale, elle dit ne pas avoir la foi en ses propres capacités de guérisseuse !. Cette étonnante rencontre avec un lama tibétain au Kee Monastery m’a ramenée à mes propres questions/attentes, un lama auquel j’attribuais moi aussi je ne sais quelles performances magiques. Il devait me donner des réponses à tout : l’argent, l’amour, la compassion… Et lui, me ramène sans cesse sur terre, là où j’avais trop tendance à décoller… En tout cas, la réponse d’Alexandra m’a semblé drôle et pleine de bon sens. Sur une photo de son voyage en Inde, on la voit avec un yak, vêtue du costume porté par les explorateurs de la fin du XIXe s. : longue blouse gris-coton, un pantalon large, une toque sur la tête, la neige tout autour, en plein hiver. Comme tout cela devait être lourd ! Après le Népal, je savais déjà que tous ses voyages à l’époque devaient relever de l’exploit, comme ils le sont encore aujourd’hui. J’imaginais les conditions de voyage, le froid mordant ; la longue traversée des plaines arides et sauvages, le courage qu’il fallait surmonter pour en supporter l’âpre réalité. Après le Japon et la Corée, oui, l’Inde m’est apparue comme un pays incontournable. Quoi qu’il en soit, il fallait que je bouge, que je sorte de là, que je quitte Paris. Je trouvais un billet économique, comme d’habitude non échangeable, non remboursable, 500euros retour plus l’aller. Comprendre le bouddhisme, l’hindouisme, l’inouisme ! Se jeter dans les airs inconnus. Mi-avril. Delhi. Quel temps fait-il ? Quelle est la situation politique, que s’y passe-t-il ? J’avais pris mon billet, c’était trop tard !
Je transmets ces données, as usual, sur mon skype journal, à Pip, qui me répond : « en cas de problèmes contacte Fox ! ». Un problème ? Quel problème ? Le viol des femmes, enlèvements, le, le, le… Fox, Fox, Fox, oui, bien sûr. Dans le dernier bar où s’est terminée la soirée avec Jonas Mekas & gang, Fox et moi menions une discussion qui nous avait projetés naturellement on the road de son « Trip » indien de 1970. En compagnie de la Hog Farm communauty, la bande de Ken Kesey et des « acid tests ». Après Woodstock, le bus psychédélique rejoint les chemins de Katmandu pour retrouver leur complice, le pape du LSD, Timothy Leary. Après une beuverie parisienne chez Fox, ils l’embarquent et ensemble, ils traversent l’Europe, la Turquie, l’Iran, l’Afghanistan, « BamBam », dans le bus sur ses traces.
Je me souviens de cette discussion de fin de soirée, alors j’écris à Fox. Je lis dans le livre de « Psykédeklik Road » dont j’ai filmé la préparation :
« Mariage d’un rêve américain et des compagnons du tour du monde, la Hog Farm est une communauté célèbre, une sorte de contre-institution bohémienne qui parcourt les continents en autobus à partir de la côte Pacifique. Wavy Gravy, alias le poète Hugh Romney, fonda la Hog Farm en s’installant avec sa femme Bonnie Jean et un couple d’amis dans une ferme pratiquant l’élevage de porcs à San Fernando, nourrissant quarante cochons et contemplant la vallée. Il définit ainsi l’entreprise : « une famille dilatée, une hallucination mobile, une expérience sociologique, une armée de clowns » (…) Un jour, Wavy Gravy et ses amis en ont eu assez de regarder la vallée. Ils ont acheté quelques bus et sont partis. » Ca bougeait enfin, en tout cas au-dedans de chacun d’entre nous. Vous vous rendez compte ? On avait vu une tribu en France, une vraie, la Hog Farm, qui avait séjourné plusieurs mois à Paris, dans un immense atelier de la rue Charles-Delescluze tenu par Lionel Magal, notre meilleur coureur de délires, toujours en tête » [x]
« The Acid trip on the road to Kathmandu » aller de Woodstock, New York, Londres, Amsterdam, Paris, Nuremberg, Istanbul, Téhéran, Hérat, Kaboul, Peshawar, New Delhi, Bombay, Goa, Manali, Katmandou….
J’aime surtout les petites lettres que Fox envoie à sa maman depuis ce psychédélique trip :
« Maman j’ai bien reçu la lettre du 14/12 je ne me souviens plus quand, je l’ai reçu à Nürnberg…je ne peux y répondre point par point que maintenant mais je le ferai prochainement d’une façon plus complète. Je ne sais quelle heure il est maintenant… 19h je crois, la cuisine se prépare, les oignons me font pleurer….ce soir je ne sais pas ce que ce sera… Nous mangeons bien… Et le manque de vin en permanence plus la nature et le grand air toute la journée me tiennent en forme parfaite. (5 femmes font la cuisine…) Nous sommes 42 maintenant… (…)»[xi]
C’est que l’ambiance est tout de même une ambiance bon enfant et Fox n’a pas l’air d’avoir changé beaucoup depuis. Un renard, ren’art, un peu clown, un sacré baroudeur en tout cas. Jean-François Bizot ne lui a pas écrit sur la revue Actuel (n°3, 1970) une dédicace : « A Magall, ce grand malade qu’il est temps de calmer et nous avons ce qu’il faut » ? En tout cas, « Peace and love » et « We can change the world »…c’est ce qu’on peut retenir comme message de ces expériences psychédéliques et sexuelles par un design ô combien « OM ». On y trouve même un livre tibétain façon Fox, un livre dans le livre, puis une image de Mandala depuis Leh au Laddak en attendant Le Dalaï Lama que oui, on s’en doute, Fox a rencontré et filmé. Oh, ça aurait été bien de trouver des atypiques tibétains, me suis-je dis. Mais qui est Fox ?
J’envoie donc un message à Fox et il me donne un rendez-vous à la Piscine, un café dans le dix-huitième arrondissement. Avant, je vais dans la boutique de Pip, au Re: Voir,pour consulter son livre « The Psykedeklik Road Book », je jette un coup d’œil sur le film qui l’accompagne. Le livre rempli de couleurs, de voyages, d’anecdotes, des noms de groupes, de concerts, d’actions, de happenings…. Le film est un brouhaha d’images, d’expériences de voyages, de concerts, de rencontres. Un parcours filmique morcelé, sans queue ni tête autre que le plaisir de la découverte, des rencontres improbables et des voyages finalement. Tout à mon goût, à quelques exceptions et différences près. Je comprends pourquoi je m’y retrouve : Fox a l’air d’incarner dans son corps énergétique débordant le plaisir de vivre. Enfin, c’est ce qu’il laisse transparaître de sa personne lors de la première rencontre. Je regarde le film et il me paraît différent du livre, il est mi-expérimental, mi-documentaire. C’est un assemblage morcelé d’expériences toutes différentes dans la forme, le style, le thème, chacune ouvrant sur quelque chose que l’on suppose plus long dans le temps, plus large. Les « images » foxiennes sont bien là, mais ce sont les « images » qui appartiennent à de multiples groupes, multiples personnes. Des gens qui passent devant la caméra de Fox, ils rentrent dans son parcours, il rentre dans le leur. Ce sont de petites collisions corporelles et une même orientation existentielle, une sensibilité commune. J’en conclus rapidement qu’il n’y a pas de fil conducteur autre dans ce livre-film que celui de voyager, rencontrer, voir, chanter pour l’amour et la paix… No bombs. No war, Cri OM manifeste, Echologik aventures, le rock barbare, in situ-actionniste, LSD et acid expériences peut-on y lire à plusieurs reprises. C’est du psychédélique Tintin pour résumer. Mais n’oublions pas que le groupe Crium Delirium que Lionel a fondé avec son frère Thierry (alias Mat’Lagam) est un milieu sonore avant tout. Et on retrouve dans son livre-film une série de personnalités: le Dalai Lama, Wavy Gravy, Nico, La Monte Young, Terry Riley, Jonas Mekas,….et toute l’histoire du rock psychédélique, c’est aussi le journal Actuel, les radios libres, radio Nova , « Télévision Enfants du Monde » le Droit des Enfants,…..Un regard croisé des Enfants du Monde sur leur environnement au quotidien pour « The world heritage » de l’Unesco…les politiciens de gauche des années 70, « l’Echologik » et bien d’autres choses. Il semblerait que Lionel soit un incubateur d’idées et de projets et qu’il a tout au long de son parcours essayé de nombreuses expériences, y compris illicites….
Le Crium Delirium était, écrit-il dans son livre, plus un mouvement d’expérimentation d’actions qu’un simple groupe de musique. Théâtre-action à la manière du Living theatre, interventions de gauche, la grève des facs en France de 1973, un centre de protestation, d’intervention, de créations plus ou moins durables, plus ou moins sérieuses. Le portrait de Fox se précise : un musicien, conteur, performeur, mais aussi un infatigable fêtard, coureur de jupons, expérimentateur d’expériences, d’amitiés multiples et variées …
Je suis contente car je retrouve dans le livre les paroles de la fameuse chanson que j’ai entendue lors de la soirée avec Jonas, notre première rencontre et que j’ai tant aimée :
« No bomb. Crium delirium. C’est nous les « road managers », comme les papillons butinent les fleurs, Nous transportons les amplificateurs…. C’est nous les « road managers », comme les papillons butinent les fleurs, Nous transportons le « shilom à vapeur »…. Whaa ! Whap !! Dou Whap ! (2) Whaa ! Whaa ! Whaa ! Whaa ! Whaa ! Whaa ! So, mamamamamamamama ! Oh ! Oh Oh ! Yé ! Yé ! C’est nous les « road managers », On sème les « flips », on crée la terreur, Aussi à cause : du LSD propulseur…. Quel bonheur !!!! (1972 : tube de Rock créé en 1972, Ce clip « No-bomb »… Un manifeste, le nucléaire c’est l’enfer pour la Terre… »[xii]. Je me rends donc au café La piscine, dans le 18e arrondissement, rencontrer une nouvelle fois Fox. Tout au long de la soirée, il me raconte sa route indienne. Me résume son voyage, intéressant d’entendre cette boule énergétique et énergisante « in live ». Comme jadis, lors de cette explosive soirée en compagnie du « Mekas Gang », nous continuons la discussion dans un autre bar, la Renaissance. Et là, sans doute aussi après mes deux bières et mes deux verres de vin, l’histoire du livre « Crium Delirium » m’apparaît comme une véritable aventure. Manali. La tête de bœuf tranchée, dégoulinante de sang (brr), qu’il trimbale depuis le temple vers sa « maison-cheminée » dans la forêt en la plantant sur un pieu. Un rêve délire post LSD-ien sans aucun doute et le mélange s’il y a. Il rencontre dans la Kulu Valley, les descendants d’Alexandre le Grand, participe à leurs rites sacrificiels. Il me raconte tout ça dans sa Fox attitude toutedésarmante, qui me fait rire, me donne envie d’aller voir malgré le caractère délirant des propos… Je me demande ce qui a pu les provoquer, c’est vrai…
Oui… vérifier en bonne chercheuse ce qu’il en reste, sentir l’odeur de l’herbe… Rapide ce Renard, il a tout de suite trouvé ce qu’il fallait, en agitant ainsi le cœur battant de la « Travel Pussy, » comme il les appelle !…. Une boule débordante d’énergie, une force positive, un grand conteur, un malin renard, le voleur de poules, oui, au cœur débordant. Il existe en jouant, et il semblerait que la distinction entre le jeu et la réalité n’a pour lui que très peu de sens.
Me voilà embarquée et projetée dans un film « RealTime » de trois jours, en sa compagnie, juste avant mon départ pour l’Inde. Est-ce bien raisonnable ? Et dès cette première re-rencontre, ce « malin » arrive à me convaincre de prendre la partie himalayenne de sa « Psykedeklik » route d’il y a 40 ans. Eh !… oui, les années 70. Le temps passe, comme on dit. « Beat Generation ». Sex, Drugs & Rock and Roll…. La route des drogues, du cannabis qui pousse en liberté à Manali, OM…sur les traces de Timothy Leary …mais lui partit en Algérie avec Eldrige Cleaver des Black Panthers.
Je n’ai, comme d’habitude, pas de plan de route, so, why not, la route de Fox ? « La Psykedeklik Road », les cartes, les adresses des amis, la « FoxMobile » avec l’image du Dalaï Lama, colliers de fleurs à la manière hindoue, petites images de divinités bouddhistes…Le lendemain Fox m’amène au Vieux Campeur acheter des cartes de l’Himalaya. Celle-ci, celle-là, nous consultons Lonely Planet. Himachal Pradesh Nagar, Fox m’envoie vers son ami Gilles. J’ai pour mission de lui ramener « Crium Delirium Book » ; ça tombe bien, Gilles tient aussi une guest house qui a l’air bien sympathique. Me voilà équipée pour des années de marche, avec non pas une, mais deux cartes détaillées du nord de l’Inde, prête à partir. Ou presque. Parce qu’avant le départ, il faut encore bien se remplir de sons. Fox ne serait pas Fox sinon. C’est le moment du Sonic Protest festival. Du Vieux Campeur, nous repartons donc directement, après quelques arrêts dans des bars tout de même…
Cirkus electrik (Cirque électrique)[xiii] Fox en est le président. Normal… Paris…Porte des Lilas, au-dessus du périphérique une énorme tente rouge, devant nous « le Cirque…. », derrière le bar un couple de circassiens, nous prenons une soupe aux lentilles. Benoît, le vieux compagnon de Fox nous rejoint, nous déplions les cartes au bar avec les serveuses nous leur montrons « sa route », là où je vais aller. C’est drôle. Trois jours en compagnie de ce Renard et son livre raconté dans toutes ses dimensions, via une dizaine de lieux, dans une dizaine de situations …The Fox avec son livre sous le bras, moi avec mes cartes ! Flip et flap, version réduite.
… Circus Electric. Nous mangeons donc nos soupes aux lentilles et j’entends le son d’une guitare. D’où vient-elle ?… Des steppes de la Mongolie… ?! Je me lève, je suis comme propulsée vers ces incroyables sonorités orientales grisantes de la guitare. Je vois un beau type, Nicolas Gardrat, l’Oeillère, qui sait tout faire avec… Mmmmm…. J’aimerais bien être à la place de la guitare… Un mélange de fréquences sonores, la guitare qui grince, qui se frotte, qui gémit sous les doigts d’un jeune homme stylé, aux chaussures de globe-trotteur, les pieds posés sur l’étui de l’instrument, très « On the Road ».
Changement de décor. Nous sortons du bar, pour rentrer sous le Grand Chapiteau. Une toute autre expérience. Un homme-loup, un chacal, un chien sauvage produit des bruits, des grincements, des aboiements, des déchirements. Le vent souffle, les étoiles brillent, c’est le soir de la pleine lune, il n’y a aucun doute. Et l’homme est seul. Seul dans la forêt, seul sur un morceau de terre vierge où règnent les animaux sauvages. Voilà ce qu’il entend toute la nuit : les aboiements, les déchirements. Ce fut ma rencontre avec Phill Minton. Déchirante comme les sons qu’il éjecte de sa bouche. Soufflements, cris, grincements, gisements, les ahous et les whaouuu et les sifflements. Vent, loups de Sibérie, les déchiquètements. L’homme chacal se transformant en un homme tout à fait ordinaire, très british, après le spectacle. Phill Minton, entre la performance d’un Artaud et la poésie sonore, les cris et les chuchotements évoquant l’univers des hommes solitaires, confrontés à la nature. La Sibérie, les inspirations chamaniques et les voix polyphoniques. Phil m’a appris un son inspirant.
Un autre concert, un autre poète-chanteur, plus « léger », plus textuel, si l’on peut dire … Albert Marcoeur. Mots à propos des choses quotidiennes et leur mise en dérision. Sa vie quotidienne. La nôtre. Paris, ses incohérences, ses mondanités. Le monde de l’édition, de l’écriture, de l’école, du privé/public, de la famille, du papier cul et de l’essuie-tout, du tri sélectif des déchets… et de la valise à roulettes. Sur fond de musique classique, accompagné du quartet Bela. Ramenée ressourcée par cette belle soirée en camion foxien chez moi.
Troisième jour en compagnie de Fox. En route vers Radio France avec la « FoxMobile ». Visite guidée des couloirs de la maison de la radio où de nombreux artistes ont laissé leurs vibrations. Studio 108, l’enregistrement live d’un opéra lyrique. Un chanteur Polonais à la voix de baryton, puis un groupe de Jazz Manouche, puis un autre plus expérimental, sort de post-Cage piano préparé, dans un espace multiculturel, sonorités pakistanaises, une cithare, un violon, une contrebasse… Pause vin au café et la rencontre à cette occasion de Constantin Leu performeur barbu, musique post bourgeoise, post dada, post tout. J’apprends que Constantin grimpe sur tous les murs et qu’il danse avec les objets. Plus de vin, nous repartons aux Ondes Café, « Le » bar de la radio.
Fox raconte son livre : encore, oui, mais sur d’autres passages, il y a là-dedans un « trip » pour chaque interlocuteur, selon son inspiration, il ressort des fragments de ses multiples vies-expériences. Nous retournons à « Fip », dans le bureau du directeur, accompagnés de Julien Bienaimée qui a produit l’émission et l’a commentée en direct…et des musiciens chanteurs.
Une vidéo prise dans le bureau du directeur de Fip radio, après l’enregistrement d’un concert, Classic Bazar. Moi en l’air, filmant telle une toupie les musiciens et les chanteurs en pleine danse, portée par Constantin Leu, performeur barbu. Le flou, les verres à la main, nous sommes sous l’emprise des rythmes de la musique portoricaine que nous fait passer Julien le directeur de Fip transformé en disc-jockey. On entend la voix de Fox criant : la joieeeee ! Voici la fin de mon livre. Mais qu’en est-il du film ?
*** Skype à Pip ***
[21/04/14 15:13:07]
Barbara: L’arrivée à Hadimbamata Temple où Fox a subtilisé la tête tranchée du bœuf du sacrifice Kali et l’a traînée sanguinolente sur son dos, sous la voie lactée et à la pleine lune, dans le chemin de la forêt d’immenses cèdres de l’Himalaya, au travers des ruisseaux et des marécages, bordés d’énormes rocs suintants couverts de mousse. Il est arrivé avec à sa maison-ruine, aux vestiges de cheminée où il dormait. Il empale la tête sur un pieu et l’odeur attire toutes sortes d’animaux : une horde de chiens sauvages, au loin un léopard des neiges, plus près les fourmis. Impossible de trouver sa ruine dans les centaines de maisons qui se sont construites depuis… Je fais une pause sur la terrasse de l’hôtel de la montagne, une jolie vue depuis cet endroit et le repas de légumes, comme d’habitude en Inde, fort bon. Old Manali. Pousser vers le haut de la vallée après le pont rouge de Fox non loin du lit de la rivière Beas où il a découvert son premier camp de réfugiés tibétains et leurs pâtes sautées au vinaigre et au beurre de yak. Pas mal de vielles maisons en bois traditionnelles encore, bien que de plus en plus remplacées par des guest houses en béton, puis aller vers la sortie d’une très belle vallée. Beaucoup de jeunes touristes « baba cool » ou dans le style, surtout après le pont. A éviter ces endroits touristiques. Site beau bien que pollué. Minuscule temple en haut d’une montagne, l’escalier à gauche, à la sortie du vieux village, vue sur les sommets de montagnes enneigées, l’endroit est paisible. Décidément, il suffit de suivre des temples et des sommets de montagnes, et on retrouve des belles vues.
[i] Pierre Hadot, Le voile d’Isis, Gallimard, 2004, p279-p.301
[ii] Pierre Hadot, Le voile d’Isis, Gallimard, 2004, p.297.
[iii] Pierre Hadot, Le voile d’Isis, Gallimard, 2004, p.299
[iv] Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Gallimard, 1964.
[v] Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Gallimard, 1964, p.18
[vi] Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Gallimard, 1964, p.19
[vii] Merleau-Ponty, L’œil et l’esprit, Gallimard, 1964, p.22
[viii] Osho, Tao, The state and the Art, Macmillan, 2011
[ix] http://www.dailymotion.com/video/xvybo_alexandra-david-neel_travel
[x] Extrait de l’article du journal Actuel N°3, 1970 par Jean-François Bizot
[xi] Lionel Magal, Crium Delirium. The Psykedeklik Road Book, Crium amicorum, Le Mot et le reste eds., 2012, p.25.
[xii] Lionel Magal, Crium Delirium. The Psykedeklik Road Book, Crium amicorum, Le Mot et le reste eds., 2012, p.64